« La Dame de chez Maxim », de Georges Feydeau, Théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris

La-Dame-De-Chez-Maxim-Zabou-Breitman©Jean-Louis-Fernandez © Jean-Louis Fernandez

Cascade de coups de théâtre

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Qui n’a jamais entendu parler de la Môme Crevette ? Sa réputation haute en couleurs en a interpelé plus d’un, même non amateur de vaudeville. Il « faut » donc aller découvrir l’interprétation de Léa Drucker au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Portée par une belle distribution, la version de Zabou Breitman a de quoi séduire le grand public.

Malgré la longueur de la pièce, la Dame de chez Maxim eut un succès retentissant lors de sa représentation en 1899. Aujourd’hui, le génie de Feydeau continue d’inspirer de nombreux metteurs en scène qui y trouvent, entre autre, matière à explorer l’implacable mécanique de l’absurde et à dynamiter la société bourgeoise. Parmi eux, Zabou Breitman. Elle connaît bien les rouages de l’auteur, ayant déjà monté le Système Ribadier.

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© Jean-Louis Fernandez

Sa version de la Dame de chez Maxim est vivifiante. Malgré un deuxième acte pesant et une intrigue peu intéressante, on ne s’ennuie pas. Au lendemain d’une cuite monumentale, Petypon trouve une danseuse du Moulin Rouge dans son lit. Pensez donc ! On bascule volontiers dans le cauchemar de cet honorable docteur, forcément marié à une femme peu sexy mais aux atouts financiers certains. Un cauchemar éveillé. Entre imbroglios et quiproquos, la machine se resserre inexorablement sur lui. Mais qui sera vraiment piégé dans ce jeu de dupes ?

Ciel ma femme !

Soulignant judicieusement la vanité et la fausseté de ce monde, les clins d’œil à la machinerie du théâtre font mouche. L’alcôve protégée par des rideaux, comme le jardin champêtre du château du Général, sont propices à la représentation sociale ou au(x) jeu(x). Tous ces pantins évoluent très bien dans cette sorte de castelet. Le très beau décor de toiles peintes se met en place de manière fluide. Les coiffures évoluent au même rythme trépidant de l’action, et les costumes sont soignés.

Les acteurs se distinguent par un réel engagement et les têtes d’affiche par de belles compositions. C’est indispensable car le rythme effréné imposé par l’écriture de Feydeau ne souffre pas de relâchement. Dans le rôle du Général, André Marcon en impose, comme toujours. Il est très drôle dans sa suffisance et ses paradoxes. Léa Drucker, épatante, humanise le rôle en maîtrisant parfaitement le phrasé populaire, en bougeant et poussant la chansonnette comme une vraie artiste de cabaret. Quelle énergie ! Micha Lescot, nonchalant et gracile à souhait, est convaincant dans son rôle de profiteur respectable.

Quant à Anne Rotger (Mme Petypon), c’est une vraie révélation. Elle incarne une épouse incrédule irrésistible, une illuminée hilarante. À elle seule, sa présence irradie la grande scène de la Porte Saint-Martin – même si la pièce repose sur le dynamisme d’un l’ensemble très bien dirigé, bien sûr. Tous sont au diapason, y compris les seconds rôles.

Ces indéniables atouts nous ont donc convaincus. Toutefois, rien de bien révolutionnaire dans cette pièce, qui a beaucoup vieilli : divertir le bourgeois en révélant malicieusement son cynisme mais sans trop le bousculer ; au passage égratigner les provinciaux, dont le mimétisme béat n’a rien à envier à la prétention des Parisiens… Ce n’est vraiment pas la meilleure pièce de Feydeau. Celle, tout du moins, qui serait en mesure de trouver quelques résonances avec nos préoccupations actuelles. 

Léna Martinelli


La Dame de chez Maxim, de Georges Feydeau

Mise en scène : Zabou Breitman

Avec Léa Drucker, Micha Lescot, André Marcon, Christophe Paou, Éric Prat, Anne Rotger, Valérian Béhar-Bonnet, Philippe Caulier, Ghislain Decléty, Solal Forte, Constance Guiouillier, Pierre-Antoine Lenfant, Damien Sobieraff, Pier-Niccolò Sassetti

Musique de et avec : Reinhardt Wagner

Son : Léonard Françon

Décors : Antoine Fontaine, assisté de Adrien Dauvillier

Costumes : Elsa Pavanel

Lumières : Stéphanie Daniel

Assistante mise en scène : Pénélope Biessy

Chorégraphie : Madlyn Farjot

Durée : 2 h 10

Théâtre de la Porte Saint-Martin • 18, bd Saint-Martin • 75010 Paris

Jusqu’au 17 novembre 2019

Du mardi au mercredi à 21 heures, jeudi et vendredi à 20 heures, samedi à 20 h 30, dimanche 16 heures

De 13 € à 55 €

Réservations : 01 42 08 00 32 ou en ligne

En coproduction avec le Théâtre Montansier de Versailles