« la Mouche », d’après Marguerite Duras, Centre européen de poésie d’Avignon

la Mouche © D.R.

« Écrire, c’est hurler sans bruit »

Par Cédric Enjalbert
Les Trois Coups

Un peu en retrait des foules et comme réservé à quelques initiés, à ceux d’entre nous qui aiment les découvertes et les recherches plastiques, qui prennent le risque (certes modéré…) des spectacles de création et des performances, le Centre européen de poésie d’Avignon fait figure de lieu d’expérimentation.

Expérimentation par la recherche de nouvelles formes plastiques, avec pour optique l’interrogation de la matière poétique contemporaine. Expérimentation ensuite pour le spectateur, qui se met en danger, intellectuellement, il va sans dire. Mais prendre le risque s’avère fructueux, comme le montre l’adaptation libre d’Écrire, de Duras, avec le spectacle la Mouche présenté par la compagnie Lydlo (Les Yeux dans les oreilles), qui engage une réflexion sur « la représentation dite théâtrale avec, entre autres, un travail qui se situe sur la frontière entre ceux qui jouent et ceux qui regardent ou entendent ».

La Mouche, en effet, est un dispositif construit autour d’un espace de jeu, d’un écran et d’une vidéo. Du texte original – risquant ainsi, de perdre ce rythme si particulier à Duras – ne sont conservés que des fragments relatifs à l’acte d’écrire, au rôle de l’écrit, à la trace, à la consignation du monde par les mots, à l’interrogation de la nature profonde du réel, autant de questions unifiées par la mort d’une mouche sur un mur blanc. Cette mort d’un infime corps noir sur une immense surface blanche, reprise par l’écoulement d’une pluie alphabétique (un peu anecdotique) projetée sur l’habit blanc de l’actrice, sur la toile blanche tendue au fond, sur les murs blancs de la pièce, est comme la métaphore de ce constat qu’« autour de nous, tout écrit ».

Qu’est‑ce, alors, que l’écrit de l’écrivain, de quel matériau surgit‑il, écrire est‑ce construire un « réel » ou recueillir le témoignage « de la masse des inconnus du monde » ? Duras, par la belle voix de son interprète aveugle, livre des réponses oraculaires, universelles et secrètes, construit le paradoxe comme mode d’interrogation du monde : « Écrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait – on ne le sait qu’après –, avant, c’est la question la plus dangereuse que l’on puisse se poser ».

C’est là un spectacle total, beau, assez bien maîtrisé par la jeune actrice, mais un spectacle exigeant cependant. 

Cédric Enjalbert


la Mouche, adaptation libre d’Écrire, de Marguerite Duras

Lydlo • 64, rue Lepic • 75018 Paris

01 47 42 39 60

lesyeuxdanslesoreilles@yahoo.fr

Mise en scène : Laurent Roussel

Interprète : Mariam el‑Gouzi

Vidéo : Berthe Salegos

Centre européen de poésie d’Avignon • 6, rue Figuière • Avignon

Réservations : 04 90 82 90 66

https://www.poesieavignon.eu/

Du 6 au 28 juillet 2007 à 21 h 30

Durée : 1 heure

12 € | 8 € | 5 €