« Landscape(s) », Cie la Migration, Pisteurs d’Étoiles à Obernai

"Landscape(s)" par la Cie la Migration © Tiffany Soder

Spectacle de haut vol

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Parmi les propositions en extérieur des Pisteurs d’Étoiles, un coup de cœur d’une autre nature : dans « Landscape(s) », la Cie la Migration confronte une étrange machine au mouvement des funambules. Virtuose et poétique. 

Nouvel agrès de cirque, le double fil rotatif, conçu et testé au sein du C.N.A.C. (Centre national des arts du cirque), est l’élément central du projet. C’est une structure métallique, cinétique et éolienne, qui actionne deux fils de funambule autour d’un axe mobile. Inspiré par les sculptures de Tinguely, ce grand balancier au mouvement perpétuel permet une pratique acrobatique et de fildefériste jusqu’à près de cinq mètres au-dessus du sol.

Comment exister dans le paysage ? Quels regards portons-nous sur lui et comment le considérer comme un partenaire ? Le spectacle se nourrit en grande partie de ces interrogations : « Voir autrement une base sous-marine, une montagne ou les parcelles de terre cultivées intensivement… Être dehors, c’est aussi se poser la question de comment «  être «  au monde. »

Métamorphoses

La compagnie Migration s’est donc posée au pied des remparts d’Obernai, non loin des chapiteaux mais à la marge, près du parking. On peut rêver mieux comme panorama, même si les vielles pierres ont leur charme (et particulièrement celles de cette si jolie ville alsacienne). Mais Landscape(s) se vit comme une expérience hors du temps, alors même qu’il s’inscrit dans son environnement : pleine nature, parc, friche industrielle et, ici, cadre urbain. « Nous voulons ramener de la poésie dans un monde qui nous semble parfois hostile », précisent encore les artistes.

De fait, l’esprit vagabonde aisément. Marion Even et Quentin Claude ont conçu une forme non narrative, où le spectaculaire laisse place à la perception sensible. Voilà une des vertus de ce travail qui, sans jamais trahir la vérité des lieux, se situe à la lisière du songe. L’acrobatie virtuose rencontre le vol d’un oiseau de passage, au gré du vent. Mais on pourrait voir aussi des poissons entre deux eaux. Et pourquoi pas des bâtisseurs de rêve, voire deux anges déchus ?

Non seulement, la performance est exceptionnelle, mais le spectacle est beau, autant d’un point de vue plastique que par sa portée philosophique. D’ailleurs, Landscape(s) fait partie de la sélection Circus Next. C’est dans une chorégraphie parfaitement réglée, que les deux voltigeurs tentent de soumettre poulies et contrepoids. Portés par la musique composée et interprétée par Jean-Christophe Feldhandler, les interprètes évoluent sous nos yeux à un rythme soutenu, font fi de la gravité avec grâce et puissance. En totale osmose avec l’air du temps, Quentin Claude et Gaël Manipoud sont vraiment en prise avec le paysage, dans un mouvement ample et profond. Si cet art s’enracine sur une aire délimitée, il se déploie aussi dans son environnement, il épouse les précipités des histoires que nous nous racontons, il entame un dialogue riche et fécond. 

Léna Martinelli


Landscape(s), de Marion Even et Quentin Claude

Cie la Migration De Marion Even et Quentin Claude

Mise en scène : Marion Even

Avec : Gaël Manipoud et Quentin Claude

Composition et interprétation musicale : Jean-Christophe Feldhandler

Conseil et accompagnement artistique : Jérôme Thomas

Parking des remparts • Rue de l’Abbé Oesterlé • 67810 Obernai

Le 30 avril, à 12 heures et 16 heures, puis tournée

Durée : 35 minutes

À partir de 5 ans

Photos : © Hippolyte Jacquottin © Tiffany Soder

Dans le cadre de Pisteurs d’Étoiles, festival des arts du cirque, 22e édition

Gratuit

Teaser vidéo ici

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