« Le renard ne s’apprivoise pas » / « Trois soli, étude # 2 », de Mylène Benoit, festival Latitudes contemporaines

La beauté d’une avancée dans la pénombre

Par Sarah Elghazi
Les Trois Coups

Après « Wonder » et avant « Cold Song », Mylène Benoit, chorégraphe de la compagnie Contour progressif, nous invite ici au cœur des « Trois soli », pour la deuxième étape d’un parcours à la fois intime et public, un triptyque réflexif et sensoriel autour de la place de l’interprète et du lien qui unit public et création artistique.

Issue des arts plastiques, Mylène Benoit est devenue, en une poignée de pièces (la Chair du monde, Effet papillon, Ici) où les corps dialoguent en harmonie avec les arts technologiques, une figure majeure de la scène chorégraphique contemporaine. À travers le projet des Trois soli, elle semble nous inviter à une rétrospective de son parcours, en laissant la part du lion à ses trois interprètes fétiches : Magali Robert pour Wonder, découvert à Vivat la danse en janvier dernier, Romain Cappello pour Cold Sond, dont la création est prévue fin 2012, et Nina Santes pour Le renard ne s’apprivoise pas, invité par les Latitudes contemporaines.

Mais le point commun de ces trois pièces, conçues comme un laboratoire d’expérimentation devant ensuite déboucher sur une création collective, c’est d’abord la relation de confiance absolue qui s’est tissée entre la chorégraphe et les danseurs, l’idée de les laisser exprimer, en orfèvres du mouvement, leur idée de la virtuosité, et l’exploration des illusions scéniques qui questionnent l’idée de représentation. Dans cette démarche, l’ancien et le nouveau avancent d’un même pas dans Le renard… : la technicité très élaborée des spectacles (vidéo, phosphorescence, arts de la lumière, suspensions) n’enlève rien à la simple magie de la présence corporelle de la danseuse, à la beauté d’une avancée dans la pénombre, à la grâce du déséquilibre, au tremblement des doigts.

Nina Santes, sublime

Les artifices de la technique permettent à Mylène Benoit de questionner la place de la danseuse face au public, et au cours de la performance, aboutissent à faire de son manque et de sa disparition progressive une présence éclatante. Dans cet écrin, Nina Santes, sublime, est une fière escrimeuse à la chair tantôt exposée « jusqu’à l’os », comme le dit la chanson, tantôt masquée et insaisissable comme le renard du titre grâce à de nombreuses stratégies visuelles et sonores (dédoublement des sons, explosion des repères visuels). Elle joue avec frénésie la danseuse aveugle soudain éblouie par son propre reflet. Il suffit en effet qu’elle ferme les yeux pour être inaccessible au public, dont la mémoire immédiate est sans cesse mise à l’épreuve… Son corps seul raconte une histoire, peut‑être une histoire d’amour dont l’autre serait absent, au rythme d’un poème d’Édouard Levé aux phrases prémonitoires : « Être seul me libère, l’uniforme m’efface, le reflet m’intrigue… le faux me fascine ».

Au terme d’un voyage sensoriel, c’est finalement le costume qui s’anime, littéralement, en phosphorescence, devenant l’image du rôle. Et c’est le public, passé par une mise en évidence du pouvoir de son regard, à la fois esthétique, pointue, ludique et généreuse, qui se retrouve à vouloir saluer la danseuse. 

Sarah Elghazi


Le renard ne s’apprivoise pas / Trois soli, étude # 2, de Mylène Benoit – Étape de création

Une création de la Cie Contour progressif

http://www.contour-progressif.net/

Conception : Mylène Benoit

Interprétation : Nina Santes

Conception vidéo « Le renard » : Bertrand Gadenne

Création musicale : Guillaume Hairaud

Création lumière : Annie Leuridan, Aurore Leduc

Direction technique : Maël Teillant

Costumes : Florinda Donga

Conseil phosphore : Christian Châtel

Chargée de production : Valentine Lecomte

Chargée de diffusion : Magda Kachouche

Production : le Vivat-scène conventionnée d’Armentières, le Phénix-scène nationale de Valenciennes

Mylène Benoit est artiste associée au Vivat d’Armentières

Cette représentation est cofinancée par la ville de Lille, dans le cadre du programme « Lille, ville d’arts du futur »

Dans le cadre du 10e festival Latitudes contemporaines, du 6 juin au 17 juin 2012 à Lille, Roubaix, Valenciennes et Villeneuve‑d’Ascq

Toute la programmation sur www.latitudescontemporaines.com

Théâtre de l’Oiseau-Mouche / le Garage • 28, avenue des Nations‑Unies • 59100 Roubaix

Réservations : 03 20 55 18 62

Le 14 juin 2012 à 20 h 30

Durée : 35 minutes

13 € | 7 € | 5 €