« les Bonnes », de Jean Genet, Théâtre du Balcon à Avignon

Salle de spectacle

Une quasi‑perfection

Par Vincent Cambier
Les Trois Coups

Du 7 au 29 juillet 2006, le Théâtre de la Passerelle de Limoges, conduit par son maître ès théâtres Michel Bruzat, donne « les Bonnes », de Jean Genet. À couper le souffle.

« les Bonnes » © Ser@e
« les Bonnes » © Ser@e

Commençons par le début, avec la certitude de celui qui a vu et qui sait que les ailes du génie ont visiblement frôlé la Passerelle : c’est, je vous le jure, un spectacle exceptionnel, qui fera date dans l’histoire du Off d’Avignon.

La pièce, déjà, est un chef-d’œuvre incontestable. Genet y est prodigieux dans l’analyse et le ressenti des rapports humains. Avec la connaissance intime des êtres qu’a engrangée celui qui a beaucoup souffert, il décrit la haine rougie à blanc que les bonnes vouent à leur maîtresse. Cette haine qu’elles entretiennent comme un feu, qu’elles réchauffent jour après jour, qu’elles recuisent jusqu’au suc ultime. Cette haine qu’elles vont jusqu’à mettre en scène comme pour lui raviver les couleurs, comme pour en presser le pus, quêtant avec une obstination désespérée la giclée purificatrice, comme pour en expurger toute l’étouffante horreur.

La mise en scène et la scénographie de Me Michel Bruzat est d’une finesse et d’une intelligence à couper le souffle. Je dis maître comme on le dit d’un compagnon du Tour de France qui a suivi toutes les étapes du parcours initiatique, qui a raboté, élagué, peaufiné, poncé, purifié, exfolié toutes les scories jusqu’à atteindre une quasi-perfection.

Les lumières de Franck Roncière sont admirables de simplicité et d’orgueil racés.

Mauricette Touyéras (Madame) m’a agacé au début par son arrivée brusque de fofolle, mais m’a passionné ensuite par son mépris subtil, distillé comme du venin, par sa fragilité de femme folle de douleur, déjà ailleurs.

Marie Thomas (Solange), terrienne, prolétaire, teigneuse, humiliée jusqu’à en baver de rage, m’a comme toujours stupéfié par sa grâce infinie. C’est un miracle, cette comédienne.

Flavie Avargues (Claire), enfin, laminée par la solitude, m’a crucifié de beauté sur place, m’a cloué par son phrasé lumineux, capable de vous faire passer du Genet pour du Racine d’ici et maintenant. 

Vincent Cambier


les Bonnes, de Jean Genet

Théâtre de la Passerelle • 5, rue du Général-Bessol • 87000 Limoges

Tél. 05 55 79 26 49 | télécopie 05 55 10 13 30

theatre-de-la-passerelle87@wanadoo.fr

Mise en scène et scénographie : Michel Bruzat

Avec : Flavie Avargues, Marie Thomas et Mauricette Touyéras

Lumières : Franck Roncière

Costumes : Dolorès Alvez-Bruzat

Photo : Ser@e

Théâtre du Balcon • 38, rue Guillaume-Puy • Avignon

Tél. : 04 90 85 00 80

Du 7 au 29 juillet 2006 à 16 heures (1 h 15)

16 €, 11 € et 5 €