« Mu Arae », de Morgan Cosquer et Céline Couronne, espace Vincent‑de‑Paul, île Piot, à Avignon

« Mu Arae » © D.R.

En route pour les étoiles

Par Laura Plas
Les Trois Coups

Associant expression corporelle et arts visuels, la compagnie Endogène crée un spectacle dont la beauté coupe souvent le souffle. « Mu Arae » est une étoile du matin qui vaut la peine de sauter du lit.

Il y a des spectacles de cirque qui impressionnent par la performance physique qu’ils présentent. On frémit des dangers que courent les artistes et on applaudit tout ébaudi. Mais certaines pièces de cirque explorent autrement les domaines de l’inouï : c’est le cas de Mu Arae. Cette création, nourrie de différentes pratiques (danse, jonglage dans une moindre mesure, et arts visuels) fait en effet surgir des images incroyables.

On peut y retrouver de fait l’émerveillement qu’enfant on ressentait au planétarium quand, suivant des yeux la course des astres, s’attachant à telle étoile, on levait des yeux éblouis. À nouveau, l’on voudrait ne plus regagner le jour. En exergue du spectacle, on trouve cette phrase, « ma vie est un pois parmi des millions d’autres pois », méditation d’Y. Kusama pour une création à l’esthétisme tout japonais. Le dispositif scénographique dessine des constellations dans le ciel de la boîte noire, organise au rythme de la musique de véritables ballets de sphères. Le plateau s’anime alors de manière miraculeuse, faisant songer au ventre d’un piano ou à une nuit habitée de lucioles. Le travail de création lumières et d’ingénierie artistique est magnifique : que serait le spectacle sans ces artistes pour la plupart intermittents ? Bravo à eux !

Mais la création sonore est aussi admirable. Jules Flodor a su créer une bande-son aux accents étranges où la grâce comme les stridences trouvent leur place dans une grande fluidité. Au cœur de cette beauté irréelle, l’homme cherche sa place. Céline Couronne et Morgan Cosquer l’incarnent dans toute sa petitesse et sa fragilité par la précision de leurs chorégraphies. Tantôt leurs créatures sont comme terrassées par un univers qui pèse comme le ciel baudelairien, tantôt elles jouent avec l’installation, si elles ne le réduisent pas en poussière. Démiurges de la catastrophe.

La métaphysique des sphères

Rien n’est dit pourtant dans ce spectacle qui laisse toute la place à l’imagination des spectateurs. C’est sans doute pour cela que l’on peut se poser de grandes questions : « Que suis-je dans cette immensité ? Pourquoi une créature aussi décevante que l’être humain existe-t-elle ? ». À moins que l’on ne retrouve le mythe. On rêve de fait à l’androgynie, aux centaures. On pense encore aux grandes malédictions quand on suit les mouvements des artistes. Ils semblent condamnés à la maladresse, comme cet homme chaussé de pointes qui chancelle et, tel Guillaume Tell, semble attendre la flèche qui percera la balle placée sur sa tête. Pour eux, la sphère parfaite devient boulet, excrément, peau de serpent.

Au milieu des sphères, ces deux danseurs nous rappellent peut-être par leurs émouvantes contorsions que l’homme n’est pas la mesure de toute chose, mais existe parmi les choses. L’œuvre reste donc ouverte. Ce n’est pas la moindre de ses qualités. 

Laura Plas


Mu Arae, de Morgan Cosquer et Céline Couronne

Cie Endogène

06 16 12 46 91

contact.endogene@gmail.com

Avec : Morgan Cosquer, Céline Couronne

Scénographie : Céline Couronne

Technique : Timothée Loustalot

Régisseur : Alrik Reynaud

Création lumière : Christophe Schaeffer

Ingénieur électronique : Tom Magnier

Ingénieur mécanique : Syvain Béguin

Montage sonore : Jules Flodor

Constructeur : Fabien Mégnin

Costumes : Anita Gordon

Regard extérieur : Stéphanie Auberville

Photo : © D.R.

Midi-Pyrénées fait son cirque, espace Vincent-de-Paul, île Piot • chemin de l’Île-Piot • 84000 Avignon

Réservations : 04 32 76 20 51

Du 10 au 26 juillet 2014 à 10 heures, relâche les 14 et 21 juillet

Durée : 55 minutes

14 € | 10 € (carte Off) | 7 € (moins de 10 ans)