« Notallwhowanderarelost », de Benjamin Verdonck, chapelle des Pénitents‑Blancs à Avignon

Benjamon Verdonck © Griet Stellamans

Sur le fil

Par Maud Sérusclat-Natale
Les Trois Coups

Improbable titre pour un travail d’une grande finesse et d’une poésie subtile, « Notallwhowanderarelost » est un mélange de théâtre d’objets et de performance de plasticien qui nous projette dans l’équilibre ténu du monde.

Il nous attend de pied ferme, côté jardin. Sur le sombre et solennel plateau de la chapelle trône une installation qui ressemble à un petit castelet fait de tasseaux de bois brut. Des panneaux de tissu noir et gris sont suspendus à ce qui s’apparenterait à des cintres ; des ficelles comme les cordes d’une harpe géante pendent sagement et attendent qu’il les touche de ses mains de velours, délicates et précises. Mais d’abord, Benjamin Verdonck se livre à un petit exercice de style, comme un apéritif muet pour nous montrer de quoi il s’agit. Sur une table un peu branlante, il dépose deux canettes de Coca vides sur lesquelles il va mettre une chaise, ou plutôt deux de ses pieds. Sur le dossier, comme une cerise sur cet improbable gâteau, viendra se poser en douceur un ballon. L’espace d’un instant magique, tout tiendra en équilibre, de cet équilibre inespéré et fugace qui nous suggère que tout est possible dans ce monde, pour peu qu’on retienne son souffle et qu’on y projette de belles choses. Cela étant fait, le castelet s’allume, la clochette résonne, et l’histoire de sa rencontre avec K commence.

Alors que beaucoup d’artistes en ce moment cherchent à faire peser sur nous le poids du monde, Benjamin Verdonck nous en montre plutôt la poésie et la beauté avec des gestes simples, de la malice et beaucoup de talent. C’est un peu long parfois, mais il nous avait prévenus : « le temps est un fleuve qui m’entoure. Mais je suis le temps ». Peu à peu, avec une précision millimétrée qui nous tient en haleine, tant l’exercice est périlleux, nous voyons glisser devant nous des triangles de carton de tailles et de couleurs différentes qui cheminent sur le plateau, se rencontrent ou se croisent. Volontairement très abstraites, car l’artiste s’est inspiré du travail du peintre Malevitch et du sculpteur Alexander Kalder, ses formes brutes laissent au spectateur toute la liberté d’interprétation. Il faut les suivre, les voir, les sentir et divaguer avec elles. Comme par magie et sans un mot, ces figures géométriques deviennent des personnages, on y projette des hommes, des femmes ou des enfants, on leur prête des émotions, des expressions, des mots. Ils nous racontent une histoire.

Accompagnée par le doux chant des oiseaux, chaque forme prend du sens et s’incarne. Il les fait glisser sur des rails tantôt invisibles et droits, tantôt sinueux et escarpés. Parfois, il vient les chercher, et les guide un peu plus. Il leur jette des regards amusés et complices ou les appelle sans mot dire plus fermement à rejoindre le bon chemin. Le temps s’est arrêté. Le temps, c’est lui. La vie, c’est lui, le théâtre, pour une petite heure : c’est lui. On reste suspendu aux doigts de fée de cet homme, dont le corps tendu vers ses cordes et dont le visage, transmué par la concentration, deviennent aussi inspirants que la machine qu’il manipule avec tant de délicatesse et de poésie. Tel un navigateur sur son trois-mâts, Benjamin Verdonck nous invite à franchir les horizons du rêve, chacun pour soi et en silence. Il nous fait accoster sur les rivages de l’imagination la plus créative et la plus douce. Une petite heure de grand théâtre. 

Maud Sérusclat-Natale


Notallwhowanderarelost, de Benjamin Verdonck

Avec : Benjamin Verdonck

En collaboration avec : Iwan Van Vlierberghe, Sven Roofthooft, Sébastien Hendrickx, Han Stubbe, Louisa Vanderhaegen et Griet Stellamans

Photo de Benjamin Verdonck : © Griet Stellamans

Chapelle des Pénitents-Blancs à Avignon

Réservations : 04 90 14 14 14

Les 12, 14 et 16 juillet 2015 à 11 heures et 15 heures, les 13 et 15 juillet à 11 heures, 15 heures et 19 heures

Durée : 45 min

8 € | 17 €