« Quatrième Biennale d’art flamenco », Théâtre national de Chaillot à Paris

La-espina-que-quiso-ser-flor-Olga-Pericet © Paco Villalta © Paco Villalta

Flamenco à la pointe de la création

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

La Quatrième Biennale d’art flamenco réchauffe Paris jusqu’au 13 février. Avec sept spectacles de haute tenue qui se succèdent dans les deux salles du Théâtre national de Chaillot, cette affiche exceptionnelle prouve que le genre ne se contente pas d’être ancré dans une tradition, mais est un vivier inépuisable d’inventions chorégraphiques et musicales.

Claquettes, castagnettes, le flamenco n’en finit pas de résonner dans les têtes. Les aficionados, aussi bien de danse que de musique, sont à la fête avec la programmation de quelques grands maîtres du genre au Théâtre national de la danse. Certes, les tenants de la tradition sont toujours présents, mais il s’agit avant tout d’une biennale de création avec de vraies signatures, car on peut effectivement parler d’écriture. D’ailleurs, certains, identifiés jusqu’à présent comme interprètes, tels David Coria ou Ana Morales, y font leurs premiers pas de chorégraphes.

Si la manifestation, toujours effectuée en collaboration avec la Biennale de Séville, s’ouvre avec David Coria, ancien danseur du Ballet national d’Espagne, et du Ballet flamenco d’Andalousie, ou le chanteur David Lagos, collaborateur fréquent d’Israel Galván, il faut garder à l’esprit que ¡ Fandango ! propose une mise en perspective. Pensée à deux, la pièce confronte le style flamenco à celui de la musique électronique. Le danseur chorégraphe sévillan et le chanteur sont rejoints par un saxophoniste ténor et un guitariste, ainsi que quatre danseurs virtuoses. Une esthétique qui n’est pas centrée sur l’individu, ce qui est encore rare aujourd’hui.

Ana Morales signe une pièce très personnelle (lire la critique ici). Dépouillée des robes, des clichés, elle se raccroche à quelque chose d’assez théâtral puisqu’elle raconte une histoire. Son histoire. Dans cette quête identitaire émouvante – acte de naissance d’une chorégraphe audacieuse – elle est accompagnée par un trio de musiciens qui mélangent des envolées électroniques à la musique traditionnelle.

Ana Morales fait partie de ces femmes qui tiennent haut et fort le flamenco d’aujourd’hui. Comme elle, Rocío Molina, Olga Péricet ou Eva Yerbabuena sont des têtes pensantes qui explorent de nouvelles voies pour un genre vivant, à partager avec les nouvelles générations. Pas de côté, renversements de rôles, recherches stylistiques font le sel de leurs spectacles. Bien que très codé, le flamenco a toujours su se régénérer grâce à la liberté d’interprétation de ses artistes et à leur inventivité. Mais là, c’est presque la révolution.

En tête, Rocío Molina, artiste associée à Chaillot, propose avec Impulso, une performance en direct, une invitation à suivre une étape d’un processus de création d’un spectacle qui aura lieu en Espagne en septembre 2020. Un flamenco inventif, qui s’exprime hors des cadres et des formes attendues, avec l’improvisation comme leitmotiv. Quant à Olga Péricet, elle propose un spectacle également très engagé dans lequel elle expose une intériorité à force d’images, d’états de corps et de transformations étonnantes.

Heureuses rencontres

Toujours soucieuse de proposer au public l’éventail le plus ouvert des flamencos, cette biennale se caractérise par la rencontre d’artistes venus d’univers et de cultures en apparence très éloignés : « Il existe beaucoup de formes d’expression, mais un seul battement universel », comme l’explique Eva Yerbabuena. Curieuse d’autres cultures, l’Andalouse a convié la chanteuse Anna Soto. Quel mariage étonnant que celui de sa danse vigoureuse avec cette voix mélodieuse japonaise ! Pour la partie instrumentale, Miguel Ortega et José Valencias font équipe avec le tambour japonais Kaoru Watanabe, la batterie d’Antonio Coronel et les percussions de Rafael Heredia.

Autre proposition iconoclaste : réunir l’ancienne danseuse étoile de l’Opéra de Paris Marie-Agnès Gillot avec l’un des danseurs réformateurs Andrès Marin, sous le regard du chorégraphe Christian Rizzo. Un ballet présenté comme « féroce, animal et élégant », avec comme accompagnement la batterie de Didier Ambact et la contrebasse de Bruno Chevrillon. Enfin, la biennale s’achève avec le guitariste gitan Tomatito et son sextet qui entraînent l’auditoire dans un univers à la fois rude et raffiné où tout repose sur l’écoute respective des musiciens.

Loin, très loin du folklore, ces propositions résolument modernes affichent un très haut niveau de perfection. Entre complaintes qui déchirent les cœurs, histoires d’amour intenses entre les hommes et la musique, luttes de pouvoir, voilà de quoi explorer les différentes facettes d’un genre passionnant. 

Léna Martinelli


Quatrième Biennale d’art flamenco

Du 26 janvier au 13 février 2020

Chaillot – Théâtre national de la danse •  1, place du Trocadéro • 75116 Paris

Du 29 au 30 janvier 2020

Renseignements : 01 53 65 30 00

De 11 € à 38 €