Rafael Spregelburd, auteur de la nouvelle dramaturgie argentine, Salon du théâtre et de l’édition théâtrale à Paris

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Spregelburd dans le texte

Par Ingrid Gasparini
Les Trois Coups

Quinze heures, déjà ? Je quitte le stand des « Trois Coups », direction le café littéraire pour un rendez-vous autour de l’écriture de Rafael Spregelburd. Il y a ici une ambiance de buvette des bords de Marne. Des toiles cirées fleuries sous de vastes parasols. Un-deux, un-deux, le micro marche, l’entretien peut commencer.

salon-du-theatre-2009-logoSur l’estrade, Guillermo Pisani, traducteur de la Estupidez et de la Paranoïa, revient sur le parcours de Rafael Spregelburd, un des auteurs les plus brillants de la nouvelle dramaturgie argentine. Né en 1970 à Buenos Aires, Spregelburd fait partie de cette génération de dramaturges qui a commencé à créer pendant la restauration de la démocratie après des années de dictature militaire (1976-1983). Le point commun entre tous ces auteurs, qu’ils s’agisse d’un Daniel Veronese ou d’un Alejandro Tantanian, c’est cette volonté d’inventer de nouvelles formes narratives en rupture totale avec le théâtre réaliste et social.

Le contexte est posé. Guillermo Pisani peut entrer dans le vif du sujet. Il nous livre même quelques clés pour décrypter la Estupidez, reprogrammé au Théâtre national de Chaillot du 2 au 14 juin. Une « pièce-monstre » mettant en scène 24 personnages dans des motels miteux de Las Vegas. « Un texte qui ne marche pas là où on l’attend, où ce qui se dit n’est pas ce qui compte. » L’écriture de Spregelburd se joue ailleurs. Dans la répétition insidieuse de phrases, de motifs ou de microévènements. Comme si sa vision prenait sa source dans la théorie des fractales.

Alors on s’interroge : pourquoi un auteur aussi brillant, traduit et célébré dans toute l’Europe (Royal Court Theater, Deutsches Shauspielhaus d’Hambourg) commence-t‑il tout juste à être connu en France ? « Peut-être est‑ce parce que son théâtre n’est pas littéraire » avance Guillermo Pisani. Ses textes évoluent en fonction des situations, et le langage y est très oral, presque banal. Il pastiche l’univers des telenovelas et détourne les codes du cinéma. Une manière élégante de dire que nous sommes un peu en retard.

Pour finir, Guillermo Pisani nous résume la Paranoïa cinquième fragment de l’heptalogie de l’auteur, mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo et programmé à Chaillot en octobre. Il nous emmène dans le futur, vingt mille ans plus tard, dans un univers où la seule contribution de la terre consiste à produire de la fiction. Des extra-terrestres d’une intelligence supérieure ont épuisé toute cette fiction et lancent un ultimatum : les terriens ont vingt‑quatre heures pour raconter quelque chose de nouveau… Alors vous, je sais pas, mais moi, c’est sûr j’irai voir ça. 

Ingrid Gasparini


Salon du théâtre et de l’édition théâtrale

Foire Saint‑Germain • place Saint‑Sulpice • 75006 Paris

http://www.foiresaintgermain.org

Du vendredi 22 mai au dimanche 24 mai 2009

Entrée libre