« Sisyphski, la cité des Astres », de Thomas Piasecki et Frédéric Tentelier, Présence Pasteur à Avignon

Sisyphski, la cité des Astres © D.R.

Les pieds sur le terril, la tête dans les étoiles

Par Cédric Enjalbert
Les Trois Coups

La Spoutnik Theater Cie a atterri à Avignon avec « Sisyphski, la cité des Astres ». Ce spectacle brillant créé dans le Nord emprunte les tunnels de la mémoire. Il remonte au temps des mines et des terrils, pour creuser une histoire familiale à valeur de mythe, dans les profondeurs « boyoteuses » de la mémoire.

« On peut pas mourir désordonné, il faut se raconter. » Sur ce mot d’ordre, les quatre comédiens de la Spoutnik Theater Cie vont au charbon. En creusant l’histoire d’une famille du Nord, née d’un père polonais émigré au début des années 1920, ils dessinent les frontières d’une cité engloutie : le pays noir du charbon habité par des sans-terre, venus d’ici et d’ailleurs rouler leur fardeau.

Sisyphski est l’un deux. Il a fui la Pologne en escaladant les montagnes, il est passé outre les frontières. Parvenu à Divion, marié, père, mineur, forçat, déraciné rattrapé par la force des évènements et la nécessité historique, par la culture minière, Sisyphski incarne l’énigme de l’identité. « Les racines, c’est pour les plantes. Nous, nous avons une mémoire. » Sommes‑nous ce que nous nous faisons, sommes‑nous d’où nous venons ? Comment détourner les travées de l’histoire, creuser des traverses ? Que laisser après soi ?

Dans une veine à la Mouawad, brossant dans des histoires personnelles croisées le destin d’une humanité, mais pleine d’un onirisme plus ancré, moins fumeux, Thomas Piasecki et Frédéric Tentelier mêlent avec bonheur le passé, le rêve, la fiction et la réalité, dans une fable aux ressorts philosophiques. Forts d’une écriture riche et d’un style certains – « Nous sommes venus pour ouvrir les veines. Juste survivre », réplique ainsi un personnage –, inspirés par une histoire personnelle et nourris par une série de témoignages, ils ont élaboré un scénario monté cinématographiquement, par séquence, jouant au mieux des ellipses et réinventant les mouvements de caméra et les cadrages, pour le théâtre. Telle table à roulettes servira de podium roulant, insufflant un mouvement de travelling à la scène, tel changement de lumière indiquera un flashback.

Vivant, rageant

Chacun des personnages prend corps avec la même finesse. Entrés dans un brouillard, ils s’épaississent peu à peu, vivant, rageant, avant de s’apaiser et de disparaître en fumée, s’estompant dans le même brouillard. Aux côtés du père Sisyphski (Joseph Drouet), Madame Sisyphski (Marie Pavlus‑Smolarek) mène la pauvre petite famille avec allant. Les fils ne déméritent pas.

Ils mènent leur barque… leur wagonnet dans un décor réduit à l’essentiel, sculpté par des jeux de lumière simples, dont la simplicité vaut pour un code : lumière jaune du souvenir, blanche du présent, des spots sur certains. Rien de trop, sinon un détail. Le spectacle débute vivement, dans une dégelée de paroles et de réflexions. Une idée à la minute, soixante secondes de réflexion toutes les minutes jusqu’à ce qu’ils prennent leurs aises dans des instants de semi-improvisation qui allongent et délayent le rythme du spectacle sans autres temps morts. Qu’importe. Les habitants du 2, rue de la Lune, cité des Astres nous emportent dans leur mythique course vitale, menant une narration riche, exemplaire au théâtre. Après le déluge est le second volet d’un triptyque. La Cité des Astres, le premier. Le dernier pan de cette saga de la mémoire suivra une adaptation libre de Lorenzaccio, confie Thomas Piasecki. Nous l’espérons, la mine réjouie. 

Cédric Enjalbert


Sisyphski, la cité des Astres, de Thomas Piasecki et Frédéric Tentelier

Spoutnik Theater Cie • 28, rue du Nouveau‑Monde • 62620 Ruitz

Téléphone : 06 75 58 68 44

Mise en scène : Thomas Piasecki, assisté de G. Deman

Avec : Nicolas Cornille, Joseph Drouet, Marie Pavlus‑Smolarek, Sylvain Pottiez, Guillaume Hairaud

Scénographie : Manuel Bertrand

Photo : © D.R.

Présence Pasteur • 13, rue du Pont‑Trouca • 84000 Avignon

www.theatre-espoir.fr

Réservations : 04 32 74 18 54

Du 7 au 28 juillet 2012 à 10 h 30

Durée : 1 h 20

12 € | 8 € | 5 €

Tournée :

  • Du 28 novembre au 1er décembre 2012 au Théâtre de la Verrière à Lille
  • En décembre (1 date) salle Clarence à Divion (Pas‑de‑Calais)

D’autres dates en cours la saison prochaine