« Une soirée chez Gottfried Zimmermann », par l’ensemble Café Zimmermann, Théâtre de Fontainebleau

Pablo Valletti © Petr Skalka

Zimmermann,
montre tes dents !

Par Céline Doukhan
Les Trois Coups

Le Festival d’Île-de-France faisait étape à Fontainebleau pour un élégant programme Bach.

Au rendez-vous de cette étape bellifontaine, l’ensemble Café Zimmermann, cette fois-ci sans l’excellent Dominique Visse, mais avec la soprane Roberta Invernizzi, avait dans ses bagages deux cantates de mariage et un concerto pour clavecin. Un programme varié, cent pour cent profane, intitulé Une soirée chez Gottfried Zimmermann, du nom du propriétaire de ce café de Leipzig, ville dont Bach fut le Cantor, représentatif de cette nouvelle façon de faire de la musique typique du xviiie siècle. Ah, la convivialité élégante de ces amateurs éclairés, l’exigence main dans la main avec l’amitié ! Le son dense, subtil, mais consistant comme une tasse de café noir ! C’était le bon vieux temps, que les moins de 300 ans ne peuvent pas connaître.

C’est précisément cette souplesse, ce léger degré de décontraction, qui fait défaut à l’ensemble. Alors même que le concert était fort opportunément précédé d’une sorte de goûter à la mode viennoise (avec dégustation de chocolats préparés par Frédéric Cassel, le Bach de la pâtisserie bellifontaine), on ne sentait pas vraiment de convivialité, de plaisir partagé parmi les instrumentistes. Indigestion de chocolats ? Chacun exécute à merveille sa partition, mais l’interaction, la complicité, entre les musiciens comme avec le public, ne saute pas aux yeux. Non qu’on se serait attendu à voir le violoniste taper dans le dos de l’altiste, ou la claveciniste se répandre en clins d’œil à la flûtiste, mais tout de même.

Le concert débute avec une cantate de mariage, œuvre non destinée à être rejouée après le mariage pour lequel elle avait été commandée. Roberta Invernizzi s’empare avec énergie de la partition et l’incarne avec panache – faisant du coup paraître les musiciens un peu raides. Le hautboïste Patrick Beaugiraud tire néanmoins son épingle du jeu, dont l’accompagnement équilibre délicatement la tension de la voix. Certains passages de cette cantate étonnent d’ailleurs par leur sonorité enlevée, bondissante, similaire à une valse.

Pas particulièrement ému

Le concerto est quant à lui une magnifique pièce, jouée avec sérieux. Le début en est particulièrement brillant, recélant même un léger mystère. Mais on ne ressort pas de l’exécution de ce concerto particulièrement ému. Le mouvement lent, avec ses dentelles de clavecin ponctuées des interventions légères de l’orchestre, a tendance à se perdre dans une interprétation un peu molle.

La deuxième cantate, plus longue, montre un dialogue animé entre la voix et les instruments, en particulier les vents. Diana Baroni, arc-boutée sur sa flûte et perchée sur ses immenses talons aiguilles, semble littéralement batailler contre la soprane, qui s’acharne à la faire taire (c’est ce que disent les paroles !). Une posture physique qui contraste avec celle des autres musiciens, plutôt statiques.

Symbolique de ce statisme, le salut final : tout le monde sourit, mais bouche fermée. Montrez les dents, bon sang ! Dans tous les sens du terme. 

Céline Doukhan


Une soirée chez Gottfried Zimmermann, par l’ensemble Café Zimmermann

Café Zimmermann • 54, rue René-Boulanger • 75010 Paris

01 45 89 21 61 | 06 59 90 53 92

production@cafe-zimmermann.com

www.cafe-zimmermann.com

Dans le cadre du Festival d’Île-de-France du 5 septembre au 10 octobre 2010

www.festival-idf.fr

Interprétation : Roberta Invernizzi (soprano), Céline Frisch (clavecin), Pablo Valetti (violon et direction), Diana Baroni (flûte), Patricia Gagnon (alto), Ludek Brany (contrebasse), David Plantier (violon), Petr Skalka (violoncelle), Patrick Beaugiraud (hautbois)

Bach, Cantate du mariage « Weichet nur, betrübte Schatten » BWV 202 en sol majeur, Concerto pour clavecin en la majeur BWV 1055, Cantate du mariage « O, Holder Tag » BWV 210

Photo de Pablo Valetti (violon) : © Petr Skalka

Théâtre municipal de Fontainebleau • rue Richelieu • 77300 Fontainebleau

Réservations : 01 64 22 26 91 ou theatre.billetterie@fontainebleau.fr

Le 26 septembre 2010 à 17 heures

De 9 € à 30 €