« Un songe d’une nuit d’été », d’après Shakespeare et Purcell, Le Petit Louvre, le Off d’Avignon 

« Un Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare ©  Agathe Poupeney « Un Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare ©  Agathe Poupeney

Les Songs d’une nuit d’été

Par Olivier Pansieri
Les Trois Coups

Shakespeare à nouveau vif, drôle, léger, féérique, grâce à Purcell et à quelques coups de ciseaux. Le metteur en scène Antoine Herbez peut être fier : son « Songe d’une nuit d’été » est un régal.

Première surprise, plus de souverain prononçant l’improbable arrêt de mort, ni d’artisans lourdauds exécutant gravement leur parodie de spectacle. On vous épargne ainsi le refrain habituel sur « l’étonnante modernité » de ce théâtre dans le théâtre, qui bien souvent plombe le Songe d’une nuit d’été. Délestée de ces entrelacs, la pièce décolle, toute rajeunie.

Tout va se jouer, cette fois, entre les seuls amoureux et la forêt perturbée par la dispute survenue entre ses esprits tutélaires, Titania et Obéron, le tout en musique. Saluons les talents de Sophie Decaudaveine, qui a réglé les chants, et de Madeleine Lhopitailler, qui a fait de la haute couture avec tout ce petit monde.

Les fées chantent et jouent (juste), sur instruments anciens, des airs de la Fairy Queen de Purcell, comme elles respirent. Laëtitia Ayrès se permet même, une fois ses airs chantés, de revenir en Hermia tandis que Marianne Devos lâche son violon pour lancer ses trilles. Théorbe, violon, violoncelle complètent ce concert d’anges parfois démons, peuplant alors la nuit d’inquiétantes dissonances.

« Un Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare ©  Agathe Poupeney
« Un Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare ©  Agathe Poupeney

Cobayes de Cupidon

À se demander où Antoine Herbez recrute ses oiseaux rares, aussi à l’aise avec les mots que dans les airs. Baryton à ses heures, Maxime de Toledo ponctue son Obéron de madrigaux. Quant à Louise Pingeot, elle prête à Titania un des plus beaux airs du compositeur. Ce qui n’empêche pas les amoureux d’exécuter tambour battant poursuites et empoignades, mêlant à leurs talents d’acteurs ceux de clowns, et même d’acrobates. On rit, en fait, d’émerveillement.

Pour tout décor, Charlotte Villermet a imaginé d’ingénieux paravents, tantôt arbres tantôt miroirs, permettant les escamotages. Puck (Francisco Gil), coiffé d’un gland géant, va donc semer la zizanie dans ce palais des glaces où plus personne ne se reconnait. Lui le premier, qu’Obéron change en âne à la place de Bottom, coup d’audace sidérant d’efficacité. Comment n’y avait-on pas songé plus tôt ? On se le demande !

Vous l’aurez compris, on a adoré. D’autant que, si l’adaptation prend quelques libertés avec la lettre, elle garde l’esprit du texte à la bonne hauteur : ni trop bas ni trop haut. Rarement les joies et peines des quatre cobayes de Cupidon auront paru aussi poignantes, cocasses et fraternelles. Citons-les tous les quatre : Laëtitia Ayrès, Ariane Brousse, Clément Séjourné et Ivan Herbez cassent tout simplement la baraque. 

Olivier Pansieri


Un songe d’une nuit d’été, de William Shakespeare avec des extraits de The Fairy Queen, de Henry Purcell

Adaptation et mise en scène : Antoine Herbez

Direction musicale : Didier Benetti

Avec : Laëtitia Ayrès, Ariane Brousse, Marianne Devos, Francisco Gil, Ivan Herbez, Grégory Juppin, Orianne Moretti, Maëlise Parisot, Louise Pingeot, Clément Sjourné, Maxime de Toledo, Nicolas Wttinne

Scénographie : Charlotte Villermet

Costumes : Madeleine Lhopitallier

Lumière : Fouad Souaker

Chorégraphie : Claire Faurot

Chef de chant : Sophie Decaudaveine

Assistanat : Laury André

Théâtre du Petit Louvre • 23, rue Saint-Agricol • 84000 Avignon

Du 5 au 28 juillet 2019 à 19 h 55

Durée : 1 h 30

Photo © Agathe Poupeney

Dans le cadre du Off d’Avignon