« Contre les bêtes », de Jacques Rebotier, Maison de la poésie à Paris

Plateau théâtre

Rebotier contre l’homme ?

Par Hélène Caune
Les Trois Coups

La Maison de la poésie rend hommage au nom qu’elle porte et accueille Jacques Rebotier, auteur et interprète d’un texte poétique sur les hommes en société. Mordant et sans concessions, « Contre les bêtes » est un spectacle original qui mérite d’être vu.

La (toute) petite salle de la Maison de la poésie a le mérite de nous convier à des spectacles intimistes. Le thème choisi par Jacques Rebotier nous concerne tous. Il s’agit du comportement de l’homme face aux bêtes, comportement qui en dit long sur les hommes en société.

La force du spectacle se trouve sans doute dans le parti pris du texte. L’interprète parle aux espèces menacées ; c’est pourtant bien aussi à nous qu’il s’adresse. L’objectif n’est pas de nous convaincre. Loin de la morale et étranger aux bons sentiments, le texte pointe l’absurdité de nos comportements. Absurde, c’est bien la caractéristique de l’homme, unique espèce menaçante face à ces milliers d’espèces menacées. L’« omme », ce personnage un peu loufoque joué par l’auteur, et qui a donc perdu son H majuscule, se demande comment faire disparaître tous ces animaux qui nous envahissent.

Ce spectacle créé en 2004 pour les Rencontres d’été de la Chartreuse de Villeneuve-lès‑Avignon est dérangeant, car il parle de nos limites sans donner beaucoup d’espoir. Seul en scène, livre à la main, tantôt assis sur une caisse en bois annotée des mots « haut, bas, fragile » posée sur un espace carré de pelouse verte mais synthétique, tantôt seul dans un coin de la salle, Jacques Rebotier pourrait presque se taper la tête contre les murs, et il y aurait de quoi. Rageur, son texte est plutôt pessimiste. Jacques Rebotier parvient pourtant à nous faire rire parce qu’il est moqueur. Pas de nous personnellement, mais de l’histoire humaine ; jamais méchant, mais toujours circonspect face aux limites de l’homme dans son environnement.

La fin de l’homme sur fond d’ironie mordante

Jacques Rebotier rappelle que la grippe aviaire a tué une soixantaine de personnes dans le monde. Il estime que c’est une toute petite revanche du monde animal confronté à l’instinct destructeur de l’homme. Le texte souligne aussi quelques injustices. En effet, on reproche à l’homme la disparition des espèces sans le créditer de celles qu’il fait apparaître : le surimi, les Pokémons, la puce bancaire… C’est simplement pour pointer la suffisance d’un homme qui ne souhaiterait vivre qu’entre soi.

C’est par jeu avec les mots, c’est‑à‑dire la poésie, que Jacques Rebotier nous attrape. Pour cela, l’auteur dispose d’une grande marge de manœuvre. Tous les animaux y passent, du tigre au coléoptère, en passant par les baleines et les dauphins – pas si gentils que ça – les fourmis rouges et les lucioles. Du coup, lors de rares moments, le texte semble parfois tourner un peu en rond. L’auteur nous rattrape pourtant toujours sans mal : un bon mot, une image surprenante, un éclat de folie lucide. On ne peut que se sentir concerné lorsque ce cynique au grand cœur constate « avec bonheur que les peluches destinées aux enfants de plus de sept ans sont fabriquées par des enfants de moins de huit ans ».

Contre les bêtes est un pur moment de poésie contemporaine. Loin des poncifs bien-pensants, sa force est de nous rappeller que les hommes semblent vouloir se diriger allègrement vers la la fin du monde. L’ironie mordante de l’auteur et l’œil rieur de l’interprète sont un pied de nez cynique au conformisme. Le spectacle est cependant tout entier dévoué à l’inquiétude qui devrait nous saisir. Par-là, il est ainsi profondément humain. 

Hélène Caune


Contre les bêtes, de Jacques Rebotier

Harpo &, 2004

Cie Vo.Que • 4, boulevard de Strasbourg • 75010 Paris

01 42 41 10 74

Site : http://www.rebotier.net

Courriel : voque@club-internet.fr

De et avec : Jacques Rebotier

Maison de la poésie • passage Molière • 157, rue Saint‑Martin • 75003 Paris

Site du théâtre : http://maisondelapoesieparis.com

Réservations : 01 44 54 53 00

Du 2 au 26 mai 2012 à 20 heures, du mercredi au samedi. Pas de représentation le dimanche

Durée : 55 minutes

16 € | 11 €