Bain et bulles, plutôt que balles
Léna Martinelli
Les Trois Coups
« Dans ma piscine » présente 7 objets, 7 façons de flotter ou de couler, 7 apnées pour le public et le jongleur. Éric Longequel nous bluffe et nous hypnotise. Une exploration originale, non sans humour de sa discipline en milieu aquatique.
On avait repéré l’artiste dans les Fauves de la Cie Ea Eo. Son exceptionnel numéro s’est transformé en spectacle. Conçu par Florian Wenger, le réservoir contenant 6.800 litres (récupérables après représentation, tient à préciser l’équipe) va accueillir l’artiste pendant une grosse demi-heure.
Vêtu d’habits argentés, celui-ci va-t-il nous présenter le jonglage du futur ? Ici, l’écran derrière lequel il évolue est translucide. Il n’a donc pas recours aux nouvelles technologies. Équipé d’une paire de ciseaux et de matériaux emblématiques de notre XXe siècle, le jongleur fait au contraire un clin d’œil au DIY. La performance se décline en trois chapitres (VHS, Latex et PVC), après un prologue qui nous scotche déjà, par les stratagèmes utilisés pour gonfler et animer de ballons de baudruches.
Point de spectaculaire pour autant. Le jongleur nous surprend car, ici, l’absence de gravité change évidemment la donne. L’inversion de la trajectoire naturelle des objets requiert des techniques inédites, des manipulations subtiles. Ses remontées indispensables pour les pauses respiratoires et ses déplacements imposent également un autre rythme. D’ailleurs, le travail du souffle suscite de belles trouvailles.
Drôle de bestiaire
Exit aussi balles ou massues ! Bande magnétique, préservatif et petites bouteilles prennent vie, sous nos yeux ébahis, quand les cerceaux revêtent une autre apparence. Quelle poésie !

À l’image de la proposition, le propos est tout en allusions, notamment sur les menaces qui pèsent sur l’océan (écologiques, conflits armés). La dramaturgie aurait pu être développée, mais on comprend que l’exigence d’une telle performance écourte la représentation. On se contentera donc (et c’est déjà beaucoup !) de jonglage en espace inconnu. La référence au film culte de Luc Besson, le Grand Bleu, perceptible dans la création musicale, inspirera peut-être des jongleur·ses en herbe, comme le film l’a été pour des centaines d’océanophiles.
D’ici là, les yeux remplis de bleu, on se prend à refaire le film de ce bestiaire enchanté que la Cie Ea Eo nous a donné à voir. Méduses, pieuvres et autres créatures vont peupler nos rêves.
Léna Martinelli
Dans ma piscine, Cie Ea Eo
Site de la cie
Création artistique et interprétation : Éric Longequel
Durée : 40 min
Tout public
Spectacle vu le 31 mai, dans le cadre du festival Onze bouge, du 28 au 31 mai, à Paris
Tournée ici :
• Les 6 et 7 juin, dans le cadre du festival Parades, à Nanterre (92)
• Les 13 et 14 juin, dans le cadre du festival Les Embarqués, à Louvier (27)
• Les 29 et 30 juin, à Bilbao (ES)
• Les 3 et 4 juillet, dans le cadre du festival Les Zaccros dma rue, à Nevers (58)
• Les 6 et 8 août, dans le cadre de Fest’arts, à Libourne (33)
• Les 19 et 20 septembre, Les Subs, à Lyon (69)
• Le 4 octobre, à Concarneau (29)
Photos : © Ecran Blanc Arthur Lafond


