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Festival d’Alba 2023, bilan, Alba-la-Romaine

Festival-Alba © Daniel-Michelon

Alba : « The Place to be »

Léna Martinelli
Les Trois Coups

Le Festival d’Alba se déroulait du 11 au 16 juillet. Cette année, beaucoup de jonglage et d’humour (dont l’excellent seul en scène d’Alain Reynaud, notre coup de cœur avec les spectacles des cies Les Plumés et Majordome). On salue aussi la programmation de collectifs de circassiennes engagées. En phase avec son époque, en harmonie avec son environnement et résolument populaire, ce temps fort organisé par La Cascade, pôle national Cirque Auvergne Rhône-Alpes, est l’incontournable de l’été en Ardèche.

Alba-La-Romaine, c’est d’abord un site dans un patrimoine d’exception. Non loin du Théâtre antique et du Théâtre de la Roche, les chapiteaux implantés rassemblent le public, près de la Carbunica, cœur battant du festival où concerts (partenariat avec la Smac07, scène de musiques actuelles) et réjouissances gustatives alimentent l’esprit festif qui prédomine. On trouve aussi des spectacles sur les places, dans les cours, des salles communales. De quoi animer cette jolie bourgade et favoriser l’accès à tous, en drainant les curieux de la région et au-delà (28 100 spectateurs au total) !

La scénographie imaginée par Marie-O Roux, secrétaire générale, donne le ton. Colorée, joyeuse, elle exprime avec générosité la joie d’être reliés. On suit volontiers ce fil rouge, dans cet écrin de verdure. Ici, même quand on se connaît à peine, les âmes dansent ensemble. Après l’effervescence du festival d’Avignon, l’escapade ressource. Du pont sur le Rhône à la passerelle qui enjambe l’Escoutay…

© Gregoire Édouard

Le festival d’Alba, c’est aussi une famille, tant l’accueil y est chaleureux. Si la fidélité est une valeur forte, avec la présence rassurante de complices de longue date (Duo Bonito des Nouveaux Nez & Cie, avec Comedia Bonito), l’ouverture et la confiance guident les organisateurs pour accompagner les artistes émergents. Lieu de création, diffusion et rencontre avec les publics, de transmission et de formation, d’entraînement et de mutualisation, le festival est un carrefour. Beaucoup de jeunes s’y croisent, tout juste sortis des écoles. Suisse, Portugal, Italie, Brésil… Quelle variété de nationalités et de styles ! Cette fraîcheur fait un bien fou.

Petites et grandes formes

Surtout, le festival d’Alba est une programmation de qualité. Resserré sur sept jours, elle se déclinait cette année en 15 spectacles : « Au cœur du projet de la Cascade, le festival est le moment tant attendu de la convergence. Avec 80 artistes par édition, on fait un voyage un peu abyssal », commente Alain Reynaud, directeur-artiste, à l’affiche cette année, avec un projet collectif et un autre personnel.

Voyage sur place est un solo théâtral et autobiographique qui raconte, en fait, beaucoup de sa famille et de l’Ardèche, plus précisément le village qui a inspiré Félix Tampon, son clown. Avec beaucoup d’humour et de tendresse, les souvenirs remontent, des mots et des images, surgis tout droit de son enfance. Pour se raconter, Alain Reynaud puise dans sa mémoire lointaine, cette marmite qui donne à sentir, à goûter le sel de la vie. C’est savoureux et on comprend mieux ce qui se cache au fond d’un clown (lire notre critique).

Dans la transmission, le directeur de La Cascade met aussi en scène (avec Éric Louis pour Brèves tempêtes). De la forme la plus intimiste à la plus spectaculaire, donc. En 2023, son équipe a accueilli pendant six mois TBTF (Too Busy to Funk : trop occupé à s’amuser). Ses membres se sont connus, pour la plupart à l’école de cirque de Sainte-Croix (LeZarti’Cirque) en Suisse, puis à l’École de cirque de Lyon (ECL). Après dix ans de partage, ce collectif pluridisciplinaire a décidé de porter un projet à 18. Aujourd’hui, ils sont installés à Bourg-Saint-Andéol.

La résidence a abouti à une création in situ, sur la scène emblématique du Théâtre Antique. Entre scénettes théâtrales et musique en direct, les numéros se sont parfaitement enchaînés pour raconter avec humour et sagacité comment ils se sont rencontrés. L’ensemble, bien articulé, a ménagé de belles respirations, tout en valorisant chaque numéro : acrobatie, trapèze, jonglage, monocycle, jeux icariens, etc. Une sacrée gageure, vu le nombre et quelques fortes personnalités déjà repérées par ailleurs. L’entraide n’est pas un vain mot. Que de bonnes vibrations et de talents en devenir ! Le public n’a pas boudé son plaisir. On espère les revoir bientôt.

Clowns à gogo

Et comme on est gaga de clowns, on s’est régalé cette année, car plusieurs spectacles nous ont vraiment emballés. La cie Majordome nous a bluffés : soliloque d’un grand anxieux, À tiroirs ouverts traite de la solitude d’un musicien sur la touche, complètement toqué. Un brin cabot, Quentin Brevet est décalé et… perché. De plus, il a plusieurs cordes à son arc, puisqu’il est aussi jongleur (lire notre critique). Autre spectacle hilarant, Quand les poules joueront du Banjo (Les Plumés), pièce circassienne pour deux artistes, quelques poules, un dindon et deux chiens, nous a cloués le bec ! On adore leur univers, tendre et loufoque, et leur approche des animaux sur scène (lire notre critique).

Intrepidus-Stek
« Stek », Intrepidus © DR

Outre le solo de cirque tragique, musical et burlesque de Basile Forest, Car tous les chemins…, signalons les clowns acrobatiques d’Intrepidus. Par le biais de la manipulation de poubelles, l’humour, la danse, le théâtre, la musique, la jonglerie et surtout les cascades, Stek crée un univers trash qui pourrait ressembler à une tempête en été.

Fraîcheur vivifiante

Le festival nous invite à découvrir le cirque d’aujourd’hui. Le grain de folie clownesque, la philosophie de l’audace, le goût du risque d’Alain Reynaud lui permettent d’explorer tous azimuts. Plusieurs collectifs de circassiennes (Les Josianes, le collectif Vous revoir, INO Kollektiv, la cie Das Arnak) ont ardemment défendu les causes féministes.

Josianes ou l’Art de la résistance « se décline au pluriel. Ce n’est pas une femme, mais toutes les femmes. Ce n’est pas une féminité, mais de multiples façons de l’affirmer ». Bien vu, également, ce spectacle de portés sur la pression sociale : « Sept filles, ça ne pèse pas lourd dans ce monde. Alors on a pensé : “ Mais si on les empile ? ” », tel est le propos d’INO ! Bakana se présente, quant à lui, comme un « spectacle de danse et mât chinois bien tiré par les cheveux » !

Enfin parmi les spectacles déjà couverts par la rédaction, l’énergique Foutoir Céleste du Cirque exalté, une forme chorale avec portés acrobatiques, BMX flat-land, jonglerie, trapèze ballant, le tout chorégraphié et théâtralisé, était un succès assuré. Pour cette célébration de l’incertitude et du risque, le public était invité à fêter les débuts et les fins, les naissances et les morts, les printemps et les hivers, les ratés et les réussites. En somme, la roue qui tourne, entre transe de consolation, rites de passage et nouba.

Oui, le festival d’Alba est « la place (the place) où il fait bon être ensemble » pour découvrir le cirque d’aujourd’hui, pour rêver, résister, vibrer, réfléchir, partager nos émotions. Un lieu d’échanges prolifiques et passionnants au fort ancrage territorial. 🔴

Léna Martinelli


Festival d’Alba-la-Romaine

14édition, du 11 au 16 juillet 2023
Organisé par La Cascade, pôle national cirque à Bourg-Saint-Andéol
Toutes les infos ici
Billetterie ici
Infos pratiques ici

À découvrir sur Les Trois Coups :
Bilan Festival d’Alba 2022, par Léna Martinelli

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