« Irma la Douce », d’Alexandre Breffort, Théâtre de la Porte‑Saint‑Martin à Paris

Nicole Croisille © D.R.

C’est bath !

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Nicolas Briançon, metteur en scène de talent, nous offre un vrai spectacle, haut en couleur et en chansons.

Créée en 1956 au Théâtre Gramont à Paris, Irma la Douce est à l’origine une courte pièce d’Alexandre Breffort intitulée les Harengs terribles. Cette comédie, avec la grande Colette Renard dans le rôle-titre, connaît tout de suite un large succès et restera quatre ans à l’affiche avec 962 représentations. Très novatrice pour son époque, Irma la Douce est l’une des rares comédies musicales françaises à triompher à l’étranger. À partir de 1958, elle est montée d’abord à Londres (dans une mise en scène de Peter Brook) puis à Broadway. En 1963, elle est adaptée au cinéma par Billy Wilder avec Jack Lemmon et Shirley MacLaine.

L’histoire d’Irma la Douce nous replonge dans cet univers des truands d’après-guerre : un petit caïd, Nestor le Fripé, tombe fou amoureux d’une de ses gagneuses, Irma, surnommée la Douce en raison de son caractère un peu fleur bleue, prostituée au cœur tendre. Jaloux des « caves » de sa belle, il va inventer un stratagème pour qu’elle ne soit plus qu’à lui en créant le personnage d’Oscar, vieux riche, qui va exiger d’Irma d’être son seul client. Cette dernière, candide et fleurant bon l’innocence, ne reconnaît pas son amoureux Nestor. Elle accepte le marché avec joie. La suite continue en danses et en chansons, dans des tableaux tendres, burlesques ou dramatiques.

Le spectateur est plongé de plain-pied dans ce Paris canaille

La pièce d’Alexandre Breffort ressemble à du Michel Audiard. Les dialogues sont drôles, très imagés et ils font mouche. Les spectateurs se délectent de la facilité avec laquelle tous les comédiens parlent cet argot titi parisien. Pas une fausse note. Les personnages jactent à l’ancienne, sont habillés à la mode des années cinquante et se comportent en vrais voyous, avec leurs codes d’honneur et leurs petits trafics. Nicolas Briançon nous propose une belle mise en scène qui valorise tous les comédiens. Et ils sont nombreux ! Le spectateur est plongé de plain-pied dans ce Paris canaille avec ses tapineuses, ses harengs (souteneurs), ses michetons et ses caves (clients).

Les différentes séquences sont commentées par l’étonnante Nicole Croisille qui tient le rôle de Maman, une patronne de cabaret truculente et pittoresque. Habituée de la scène, elle sait jouer avec le public sans que cela soit surfait.

Les chansons, simples mais poétiques, habillent parfaitement l’histoire et participent à l’ambiance tragi-comique qui règne sur les planches. Les paroles ont été écrites par Alexandre Breffort lui-même et mises en musique par Marguerite Monnot, pianiste et compositrice de grand talent qui a créé, entre autres, de nombreux succès d’Édith Piaf comme Milord, l’Hymne à l’amour, etc.

En ce qui concerne le rôle-titre, après Colette Renard, Patachou ou plus récemment Clotilde Courau, Marie‑Julie Baup est une saisissante Irma, débordante de gouaille, de force et de naïveté. Elle chante bien et, même si elle n’a pas une voix vibrante et profonde, elle arrive à transmettre les joies et les désillusions de cette prostituée attachante au grand cœur.

Lorànt Deutsch, chapeau mou et fine moustache, campe un Nestor assez convaincant. L’argot, il le maîtrise, et ça se sent. Par contre, ce « hareng » amoureux n’a pas la carrure physique dont parle la pièce. En effet, le metteur en scène aurait dû enlever les quelques lignes où Nestor est décrit comme un vrai dur tout en muscles. L’apparence plutôt fluette de Lorànt Deutsch est carrément à l’opposé de cette image.

Dans cette comédie musicale de deux heures, la première partie est romantique, la seconde carrément burlesque. Les deux réunies vont très bien ensemble. Et le temps file sans que le public ne consulte sa montre. Il y a des rires, des commentaires, des applaudissements. Bref, on ne s’ennuie pas une minute avec Irma la Douce ! 

Isabelle Jouve


Irma la Douce, d’Alexandre Breffort

Mise en scène : Nicolas Briançon

Avec : Marie-Julie Baup, Lorànt Deutsch, Nicole Croisille, Andy Cocq, Olivier Claverie, Fabrice de la Villehervé, Jacques Fontanel, Valentin Fruitier, Laurent Paolini, Claire Perot, Bryan Polach, Pierre Reggiani, Loris Verrecchia, Philippe Vieux

Assistant à la mise en scène : Pierre-Alain Leleu

Chorégraphies : Karine Orts

Chef de chant : Vincent Heden

Musiques : Marguerite Monnot

Orchestre et arrangements : Gérard Daguerre

Lumières : Gaëlle de Malglaive

Costumes : Michel Dussarrat

Décors : Jacques Gabel

Photo : © Nom du photographe

Théâtre de la Porte-Saint-Martin • 18, boulevard Saint-Martin • 75010 Paris

Réservations : 01 42 08 00 32

Site du théâtre : www.portestmartin.com

Métro : lignes 4, 8, 9, arrêt Strasbourg-Saint-Denis

Du 15 septembre au 5 décembre 2015, du mardi au vendredi à 20 heures, le samedi à 17 heures et 20 h 45

Durée : 2 heures

De 14 € à 64,50 €