« l’Aquarium », de Louis Calaferte, l’Albatros à Avignon

rideau-rouge

Deux poissons dans un bocal

Par Émilie Démoutiez
Les Trois Coups

« L’Aquarium », proposé dans le cadre d’un dyptique de Louis Calaferte par la Cie Chrytobule, nous renvoie l’image cruelle et drôle de notre médiocrité.

Ils sont là dès notre entrée et nous les surprenons dans leur immobile intimité. Elle et lui, plutôt pas drôles, plutôt pas riches. Un intérieur sinistre, meublé de détails kitsch. Et puis surprise, ils se lèvent, retournent les panneaux, changent quelques objets contre d’autres. Un autre intérieur, tout aussi sordide, apparaît. La comédienne sort et une autre prend sa place, à égalité de tristesse dans la mine et le costume. L’Aquarium, premier volet du dyptique présenté par la Cie Chrytobule, commence. Pour les Miettes, il faudra repasser un jour pair.

Ces deux Pièces intimistes de Louis Calaferte nous dépeignent, à travers les univers respectifs de deux couples, le « tragique dérisoire » des petites gens et l’ennui implacable du quotidien. Un miroir cruel et tendre à la fois, qui nous renvoie à notre propre petitesse. Ainsi, dans cet Aquarium proposé par la Cie Chrytobule, nous surprenons deux poissons qui en sont visiblement à leur énième tour de bocal. Le couple sort de table. Ils attendent pour le café un ami qui n’en est pas vraiment un et qui ne viendra pas. Alors, ils continuent de tourner en rond dans leur intérieur miteux. À l’immobilité succède la répétition mécanique de tâches usées. On plie du linge, on bobine la ficelle. On file et on défile. On trompe son ennui.

Simple et ingénieux, le dispositif scénique fait la part belle au jeu des comédiens, parfois déroutant. Elle et lui ne se regardent jamais et sont comme deux étrangers. Lui regarde droit devant lui, semblant guetter la possibilité d’un ailleurs. Elle se concentre sur son ouvrage. Et tout, dans le dialogue, transpire la résignation.

Cette distance maintenue entre les deux personnages est intéressante. Toutefois, le texte, écrit sur le ton de la dispute, gagnerait à mon sens à être attaqué de façon plus vigoureuse. Car ce sont aussi les coups de gueule qui nous maintiennent en vie et nous divertissent de la médiocrité de notre condition. La monotonie emprunte des déguisements dont on ne peut faire l’économie sans la dénaturer.

Cependant, cet Aquarium teinté d’humour et de mélancolie mérite un petit détour par l’Albatros Théâtre, ne serait‑ce que pour découvrir ou redécouvrir l’écriture musicale et l’art du dialogue parfaitement maîtrisé de Louis Calaferte. 

Émilie Démoutiez


l’Aquarium, de Louis Calaferte

Cie théâtrale Chrytobule

Avec : Caroline Bouffard et Raphaël Mathon

Mise en scène : Caroline Bouffard, Sophie Neuman

Scénographie, décors : Cie Chrytobule, Damien Dumarquez

Costumes, lumières : Cie Chrytobule

Musique : Jérôme Laperruque

Du 7 au 29 juillet 2006 (jours impairs) à 20 h 45

L’Albatros • 29 rue des Teinturiers • Avignon

Réservations : 04 90 86 11 33 | 04 90 85 23 23

Durée : 1 heure

Tarifs : 13 euros plein tarif | 9 euros carte off