Place à Mixt, nouveau terrain d’art
Léna Martinelli
Les Trois Coups
Né de la fusion du Grand T et de Musique et Danse en Loire-Atlantique, Mixt ouvre bientôt au public, après plus de 3 ans de travaux. Catherine Blondeau et son équipe ont imaginé un ambitieux lieu pour la culture, sous toutes ses formes, ainsi que la vie citoyenne et associative. Présentation de ce modèle innovant et inspirant qui a pour devises : « Soutenir l’art, cultiver le vivant, soigner les liens », en attendant la réouverture, pour 14 jours de festivités, du 13 au 27 décembre. Un lieu pour les artistes, pour le public, et pour toutes celles et ceux qui veulent expérimenter, pratiquer, s’amuser, apprendre.
Les travaux approchent de la fin. Dès le 13 décembre des spectacles, des résidences d’artistes et de nombreuses activités seront proposées dans les 2 salles de 850 et 330 places, les studios de danse, de répétition et d’enregistrement, le restaurant de 80 couverts ouvert à tous, ses vastes espaces polyvalents, soit 8.000 m2. Idéal pour « profiter et buller », « participer et s’engager », « pratiquer et s’initier » !
Vaste « terrain de vie » et « Terrain d’arts »
Niché dans un site paysagé de 1,5 hectare en cœur de ville, dans le quartier Saint-Donatien à Nantes, l’équipement nouvelle génération a été conçu par l’architecte Matthieu Poitevin – agence Caractère Spécial , déjà à l’origine du Grand T, mais aussi de la Friche de la Belle de Mai, fabrique d’art et de culture à Marseille (avec Projectiles, pour les aménagements intérieurs, Atelier Roberta pour le paysage et AIA pour l’ingénierie).

© DR
Avec le choix d’une esthétique sobre et de matériaux bruts (bois, verre, acier, béton), l’ensemble s’inscrit parfaitement dans son environnement. Les arbres, véritables marqueurs du lieu, enracinent l’équipement. Le bar-restaurant, le jardin et les coursives qui le traversent, les multiples salles et espaces de réunion permettent un projet d’accueil favorisant des usages multiples : spectacles et festivals, certes, mais aussi promenade, vie de quartier, fooding, pratiques artistiques libres en amateur, congrès, formation et vie associative. Avec plusieurs accès autour de la rue Général Buat et la rue du Coudray, nul doute que ce sera la prochaine destination tendance de Nantes. La cabane dans les arbres va beaucoup plaire.
Convivialité et accessibilité sont les mots-clés. Lieu de culture, de fête et de travail, espace solidaire et de formation,Mixt expérimente un nouveau modèle qui favorise la diversité des liens tissés tout autour de lui, en conjuguant ses missions de service public avec des activités à caractère commercial : « Cet Établissement Public de Coopération Culturelle aura tous les atouts pour faire rayonner nos activités bien au-delà du département », s’enthousiasme Catherine Blondeau, la directrice. « Formats réinventés, formes hybrides, projets atypiques, il s’agit de favoriser la diffusion, le dialogue et de nouvelles coopérations. Cette transformation a été rendue possible par le temps long, la démarche contributive, le recours à des expertises extérieures et à des formations ».
La mixité se décline aussi en ressources. Projet à hauteur de 34 millions d’euros, il a été essentiellement financé par le département : « En tant que propriétaire historique du site, qui a accueilli successivement la MCLA, l’Espace 44 et Le Grand T, le Département a pris la décision, dès 2017, d’engager une rénovation en profondeur de cet équipement. Notre ambition allait bien au-delà de la seule rénovation d’une salle de théâtre afin de contribuer à faire vibrer partout la diversité du spectacle vivant », souligne Michel Ménard, Président du Département de Loire-Atlantique. « Matthieu Poitevin a su concrétiser cette vision avec audace en inventant un espace qui invite à la curiosité et à la création, à l’ouverture et à l’altérité, un lieu déjà riche des milliers d’histoires et de visages qu’il s’apprête à accueillir ». Une politique volontariste exceptionnelle à saluer en ces temps de crise. L’État et la ville ont misé chacun 100.000 €, la Région 40.000 €.
Un outil de coopération à l’échelle métropolitaine
Ce vaste « terrain de vie », comme l’aurait nommé le philosophe Bruno Latour, est propice à se transformer en « terrain d’arts ». Le réseau de coopération comporte 17 salles, 12 EPCI, tous adhérents de PARLA (Partenaires Artistiques de Loire-Atlantique) pour des projets mutualisés. L’ensemble devrait toucher 35.000 spectateurs. Les travaux du théâtre qui ont conduit Le Grand T à organiser les saisons mobiles depuis 3 ans ont donné lieu à des collaborations fructueuses. La dimension partenariale et territoriale a permis d’inventer de nouvelles opportunités de rencontre.




© Benjamin Rullier
Avec ses deux salles de spectacles, ses studios de danse, son et vidéo et son atelier de fabrication de décor récemment rénové à Carquefou, Mixt a tout du lieu de création idéal pour les artistes. Ces nouveaux dispositifs permettent de répéter, de jouer, d’avoir un soutien technique ou des espaces de travail, précieux dans le contexte actuel de restrictions de moyens. Cela fait longtemps que Catherine Blondeau et son équipe ont perçu la richesse de la scène locale. Ils partageront ce formidable équipement avec les artistes et tous les publics. Cette saison, 7 projets artistiques de territoire fourniront l’occasion de créer du lien entre artistes et habitant·es. Des ateliers déboucheront sur des restitutions et des rencontres ponctueront les résidences.
Mixt, une ouverture tous azimuts
C’est le projet axé sur la mixité des disciplines, des activités et des usages qui a inspiré son nom. Transformation, expérimentation, innovation se déclinent jusque dans la programmation ouverte et passionnante qui devrait favoriser le brassage des publics. Les dispositifs d’éducation artistique et culturelle concerneront 20.000 élèves et leurs enseignant·es, de nombreuses actions développées avec les Ehpad et les médiathèques.
Le projet artistique combine création et diffusion, avec pas moins de 10 artistes associés (parmi lesquels Baro d’Evel, Les Maladroits, Mohamed El Khatib, Marine Bachelot-Nguyen, que nous connaissons bien). Danse, théâtre, musique, cirque occupent une place équilibrée, avec une attention particulière à toutes les formes de médiation (éducation artistique et culturelle, inclusion et accessibilité, pratique artistique en amateur), soit 56 spectacles (dont 17 hors agglo nantaise).



Parmi les spectacles déjà chroniqués : KiLLT, Qui lira le texte des Tréteaux de France (lire la critique), Fusées de Jeanne Candel (lire la critique), Pandax du Cirque La Compagnie, le Poids des fourmis du Théâtre Bluff (lire la critique), Je suis trop vert de David Lescot (lire la critique), Israel & Mohamed de Mohamed El Khatib et Israel Galvàn (lire la critique). Cette première saison s’annonce donc prometteuse.
Les temps forts
Pour le lancement, en décembre, les 3 week-ends festifs promettent une « ambiance chaleureuse avec flonflons et paillettes » :« Vous pourrez chanter Noël en chœur, entrer en transe avec les circle songs, suivre un Fest-Noz en déambulation, assister à une Battle ou danser la Ziva, le Qi-Gong, vous initier au théâtre, cuisiner des rouleaux de printemps, coller des gommettes avec vos enfants, vivre un karaoké live, suivre nos artistes associé·es dans leurs explorations ou découvrir les angoisses d’une autruche avant l’envol. Des visites guidées, des ateliers pour ados, des concerts sur la petite scène de Qui som, notre resto-bar, et des lectures inédites compléteront l’aventure », lit-on dans le programme. Cette séquence d’ouverture devrait donner au public « un aperçu de l’utopie pétillante dont nous rêvons pour Mixt », précise Catherine Blondeau.


© Benjamin Rullier
Trois autres temps forts rythmeront la saison nantaise : en mai, Les Cosmopolites, une semaine de rencontres artistiques et de débats sans frontières, « pour mettre en lumière ce qui nous unit plutôt que ce qui nous divise » (un festival imaginé avec l’historien Patrick Boucheron en coopération avec Le lieu unique et le CCNN de Nantes). En juin, une invitation à Baro d’Evel, qui aura carte blanche pour investir tout le site et son jardin et le faire redécouvrir au printemps, à travers son regard et son art multiforme. En juillet, une fête organisée avec la compagnie le Bal des Oiseaux et les habitant·es du quartier populaire de La Halvêque à Nantes, qui marquera la fin de quatre années de jumelage.
Une aventure à vivre au quotidien
Mixt entend créer des ponts entre les arts, le monde économique et les initiatives citoyennes de toutes sortes, à l’échelle d’un vaste territoire : « Le projet artistique et culturel s’apprête à se déployer dans tout le département de Loire-Atlantique dès l’automne. Grâce aux multiples coopérations qu’il noue déjà avec les communes et communautés de communes de Loire-Atlantique, il construit avec elles des tournées de spectacles dans les salles de spectacles municipales (théâtre, danse, musique, cirque), des projets de territoire dans les médiathèques, les Ehpad, les écoles de musique, les centres sociaux », précise Juliette Kaplan, directrice du pôle développement et des relations extérieures. Soit 12 tournées coréalisées avec 19 partenaires.
Enfin, relevons la pertinence de la nouvelle identité : « La nature est déclinée jusque dans la charte graphique, avec une police créée pour l’occasion, qui s’appelle d’ailleurs Pollen », nous précise Annie Ploteau, responsable de la communication et des relations presse. Naviguer sur le site est un vrai plaisir. Une créativité mise au service d’un beau projet et des valeurs portées par l’établissement qui essaimera sans doute : « Soutenir l’art, cultiver le vivant, soigner les liens ».
Léna Martinelli
Mixt, terrain d’art en Loire-Atlantique
19, rue Morand· 49, rue du Coudray • 44000 Nantes • Tel. 02 28 24 28 00
Billetterie en ligne • Tel. 02 51 88 25 25 • Mail
Infos pratiques
Brochure de saison
Ouverture des ventes le 12 novembre
Ouverture de la base nantaise du 13 au 27 décembre 2025
Les Cosmopolites, du 18 au 24 mai 2026
Carte blanche à Baro d’Evel, du 12 au 14 juin, suivi de Qui som ?, du 17 au 22 juin (lire la critique)
Fête de fin de jumelage à la Halvêque, en juillet
Des visites guidées gratuites sont proposées de février à juillet 2026, chaque premier samedi du mois (5 € sur réservation)
Photo de une © Benjamin Rullier


