Cirque de grenier
Léna Martinelli
Les Trois Coups
À vivre comme un souvenir du cirque d’antan, « Pain d’chien » est une pépite. Dans un petit chapiteau calfeutré, le Cirque sans noms façonne « un spectacle à vivre », plus qu’à voir. A priori, car il casse finalement la baraque. De bric et de broc, faussement nostalgique, ce spectacle est inventif et vivant, d’une grande humanité. À voir, donc !
Éreintés ! C’est sans grand entrain que les étranges personnages de Pain d’chien nous accueillent : « un bonimenteur de foire dans un vieux costume de clown aigri ; une bête de foire ; une femme à barbe, sans barbe, baltringue à tout faire ; l’autre, celui qui passe et repasse ; un musicien aux trois bras et aux mille notes », autrement dit des « montreurs de foire ».
L’univers est proche du cinéma muet. Planches dépareillées, guirlandes emmêlées, pinces à linge, nappes de fumée posent le décor. D’emblée, parade, marionnettes et mannequins hors d’âge évoquent l’esprit forain ; clown et Madame Loyal ramènent au cirque traditionnel.
Machine à remonter le temps
Le spectacle ne semble pas avoir commencé que l’entracte est déjà annoncé ! Tout est de guingois. Les chaises sont trouées, les échelles peu fiables. Et les artistes sont cabossés. Comment réaliser des exploits dans ces conditions ? Pourtant, ils y parviennent. Si, si ! La simplicité brute n’empêche pas les prouesses. Mais, bien que soutenus par un musicien, lui aussi tellement fatigué qu’il va dormir dans sa couchette entre deux morceaux, les artistes partiront quand même en live.


Il y a évidemment de la magie et des couteaux. Tout le tintouin du cirque d’antan, avec les trucages à l’ancienne, sauf que lorsque les rideaux se lèvent, les animaux n’entrent plus en scène. Seul un chat empaillé automate fait des siennes. Si le fouet claque bien, le dompteur est bien désœuvré. Les ballons feront l’affaire, à condition de ne pas les lâcher… Les mises en situations sont autant de « précipités fragiles ». « Du cirque accidentel ». C’est empreint de poésie.
Truffé de malice, Pain d’chien suscite l’empathie, touche la corde sensible, met le public à contribution, bref – mine de rien – ne lésine pas sur les moyens pour parvenir à ses fins : nous émouvoir en nous amusant et en nous surprenant. On avait déjà beaucoup aimé Faites comme chez vous, un voyage immobile hors du temps dans la caravane de Yann Grall, un bric-à-brac insensé. On adore ce nouvel opus, avec le Cirque sans noms au complet, et même enrichi d’un voltigeur remarquable. On lui souhaite une belle tournée car le public du Mans a fait un triomphe. Et nous avec.
Léna Martinelli
Pain d’chien, Cirque sans noms
Site de la Cie
Avec : Yann Grall, Amandine Morisod, Johann Candoré, Kayan Boukhliq (artistes de cirque), Kévin Laval (musicien)
Durée : 1 h 30
Tout public
Plus d’infos ici
Spectacle vu dans le cadre du festival Le Mans fait son cirque, 25e édition du 20 au 31 mai 2026, porté par Le Plongeoir Cité du Cirque Pôle Cirque Le Mans Sarthe Pays de la Loire
Tournée ici
Photo de une : © Ville de Frontignan


