« Thomas », d’après les récits autobiographiques de Thomas Bernhard, Théâtre de la Croix‐Rousse à Lyon

Thomas © Thierry Chassepoux

L’épreuve à l’œuvre

Par Élise Ternat
Les Trois Coups

Un an jour pour jour après la mise en scène d’« Affabulazione » au T.N.P., Gilles Pastor revient sur le plateau du Théâtre de la Croix-Rousse avec sa dernière création, « Thomas », adaptation des textes autobiographiques de l’écrivain Thomas Bernhard. Soit une proposition en apparence plus modeste dans sa forme mais non moins puissante dans ses effets.

On avait pu voir Jean‑Marc Avocat, mémorable en Bérénice incarnant à lui seul chacun des personnages de la pièce éponyme de Jean Racine avec la passion et le talent qu’on lui connaît. On retrouve ici l’acteur prêtant la rondeur de ses traits à ceux de l’auteur autrichien, bâtons de marche à la main, chaussettes hautes, bermuda et sac-gourde dans le dos. Thomas prêt à gravir la dureté de l’existence dans une tenue de randonneur à moins qu’il ne s’agisse là d’un écho à l’enfant que ce dernier fut dans les années quarante. La diction parfaite de Jean‑Marc Avocat et la justesse de son jeu exacerbent l’extrême sensibilité d’une écriture précise, ciselée et mordante, résonnant de tout son réalisme pour évoquer sans détour le caractère tragique de ce récit de vie.

La vie comme une épreuve

Thomas évoque ainsi tour à tour les personnages qui ont sillonné son enfance. À commencer par la figure tutélaire d’un grand-père anticonformiste et lui aussi écrivain, par opposition à la personnalité d’une mère cruelle et peu aimante. S’ensuivent de terribles épisodes d’une existence marquée par les brimades d’un enseignement en internat, combinant catholicisme et national-socialisme, les atrocités de la Seconde Guerre mondiale, puis le deuil et la maladie. Autant d’épreuves dont l’extrême dureté a façonné la vie d’adolescent puis d’adulte de l’auteur autrichien.

Une fois encore, Gilles Pastor signe ici une scénographie fine mêlant l’épure à l’inventivité par l’emploi, comme dans nombre de ses créations, de la vidéo. C’est un paysage de montagne qui sert d’écrin à ce témoignage, évoluant au moyen d’éclairages et de maints effets, disparaissant et se transformant sans cesse à mesure des séquences de jeu. Plus qu’une ponctuation, la vidéo, à l’instar des multiples intermèdes musicaux (clin d’œil à la passion de l’écrivain pour le chant), se fait la garante d’un rythme fluide. Ce dispositif permet ainsi, par ce qui s’apparente à des respirations, de contrebalancer les nombreuses plages de texte tout en révélant leur puissance.

Avec Thomas, Pastor déploie une mise en scène extrêmement efficace, une valeur sûre dirons-nous, dans sa forme, légère, comme dans son propos, vif et pertinent, le tout servi par un acteur de grand talent. En bref, une réussite et un vibrant hommage à l’homme, à l’écrivain que fut Thomas Bernhard, à travers la genèse de son œuvre. 

Élise Ternat


Thomas, d’après les récits autobiographiques de Thomas Bernhard

Adaptation, traduction : Christiane Ghanassia

L’Arche est l’agent théâtral du texte présenté

Mise en scène et scénographie : Gilles Pastor

Avec : Jean‑Marc Avocat

Lumières : Nicolas Boudier

Vidéo : Vincent Boujon

Régie générale : Olivier Higelin

Collaboration artistique : Catherine Bouchetal, Olivier Rey

Costumes : Clément Vachelard

Administration de production : Stéphane Triolet

Coproduction C.P.M., Kastôragile

Coréalisation Théâtre de la Croix-Rousse

Photos : © Thierry Chassepoux

Et une photo avec l’aimable participation de la Fondation Thomas-Bernhard

Théâtre de la Croix-Rousse • place Joannès Ambre • 69004 Lyon

Réservations : 04 72 07 49 49

Du 3 au 6 novembre 2015 à 20 heures, le 7 novembre à 19 h 30

Durée : 1 h 30

26 € | 20 € | 13 € | 10 € | 5 €