Bilan du Festival d’Avignon 2014

Intranquille et vigilante
une 68e édition vers l’avenir

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Les Trois Coups

2014, première année pour la nouvelle direction du Festival, tient la promesse de l’éditorial du programme, « tout ce qui nous dépasse ». Car à Avignon, si désir et pensée façonnent la programmation, ce qui en éclôt est plus grand.

Poétique parce que politique, politique parce que poétique, le Festival, loin d’être une somme de spectacles, est plus que jamais une ville en état d’utopie, un lieu agité par la conscience du monde.

Intranquillité parce que les intempéries ont été nombreuses. Orages, pluies, mistral ont ponctué le mois de juillet, régulièrement, continûment. Nous avons dû arrêter des représentations, en reporter, en annuler.

Le cœur de nos métiers mis en danger par la réforme des annexes 8 et 10 de l’assurance chômage dès le printemps nous a demandé de réagir et d’inventer. Il nous a fallu incessamment questionner le lien, lien entre le public et le plateau, lien entre les politiques et l’artistique. Il nous a fallu être ensemble et éprouver la force commune, la force pour durer, la force pour convaincre.

Si la 68e édition a pu avoir lieu cette année, c’est notamment grâce au collectif des salariés du Festival. Très tôt et de manière organisée, le collectif a travaillé dans le sens de la démocratie et du respect des points de vue – rarement mis à mal. Et c’est bien l’intelligence collective qui a permis à la fois une mobilisation sans relâche et les représentations chaque jour.

Jouer, se lever, répondre par le dialogue, accueillir des forums… Nous avons, ensemble, fait le choix d’utiliser nos métiers pour nous faire entendre, exercice de pédagogie et de réflexion permanent. Il y a eu des jours de grève, des représentations annulées, le dommage moral et financier est parfois lourd, mais nous pouvons dire aujourd’hui que rien n’est définitif, rien n’est cassé, rien n’est fermé. Ce dont nous sommes certains, c’est que tout ce qui nous a dépassés, nous a rassemblés.

Vigilance parce que cette édition a été pensée par la programmation de spectacles, de débats et de rencontres comme vigie de l’état du monde, de l’intime à l’universel, de notre quartier à l’Océanie. Les invitations particulières à des régions en tension comme la Grèce ou le Proche-Orient, l’instauration de deux espaces permanents de dialogue, l’un socio-professionnel au cloître Saint-Louis, l’autre pour tous au site Louis-Pasteur de l’université d’Avignon et des Pays de Vaucluse.

Pendant trois semaines, Avignon est devenu un rêve d’Andalousie, où universalisme et métissage rendent au monde, dans sa multiculturalité attentive, son hospitalité.

Vers un avenir bien sûr et enfin. Car les équipes invitées, jeunes dans une grande majorité, pour une première fois à Avignon le plus souvent, ont donné une vitalité nécessaire, ont proposé d’autres formats et ont saisi le monde dans ses contrastes et ses contradictions. Des nouvelles générations accueillies par un public attentif, ressourcé, un public qui insuffle au Festival une force inattendue. Un public debout et à côté des équipes, digne dans sa compréhension et solidaire, assumant sa part de responsabilité pour l’avenir. Le pari d’un Festival d’Avignon exigeant et populaire.

« À travers l’adversité vers les étoiles. » (le Prince de Hombourg, Heinrich von Kleist)

Chiffres de la 68e édition du Festival d’Avignon

  • 57 spectacles
  • 124 débats, rencontres, projections
  • Fréquentation totale = 131 728 places
  • 107 992 places pour des représentations payantes
  • 23 736 places pour des rencontres, débats, émissions et projections
  • Taux de fréquentation = 90 %

Programmation prévue

  • 289 représentations = 129 288 places à la vente

Programmation réelle

  • 277 représentations = 120 656 places à la vente

Raisons

  • 12 annulations suite aux mouvements de grève des 4, 12 et 24 juillet, 2 annulations pour intempéries (Mahabharata-Nalacharitam le 7 juillet et Lied Ballet le 13 juillet), 2 représentations supplémentaires (le Sorelle Macaluso le 14 juillet ; les Pauvres Gens le 26 juillet)

Pertes

  • 8 630 places à la vente
  • 300 000 € de recettes
  • (268 000 € de billetterie + 32 000 € bar et produits dérivés)

Recueilli par
Les Trois Coups