Von-pourquery © Florian Renault

Focus musique, Le Chainon Manquant 2019 à Laval

Odyssées musicales

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Cette année encore, Le Chainon Manquant a concocté un programme musical haut en couleurs. Plusieurs artistes atypiques ont tissé de subtiles correspondances entre les genres. Par-delà les styles et les différences, un voyage dépaysant.

Né en 1984, Faraj Suleiman est un pianiste et compositeur palestinien reconnu comme l’un des meilleurs parmi ses pairs dans le monde arabe. Invité sur la prestigieuse scène du Montreux Jazz Festival, il a aussi fait un triomphe en mars, à l’Institut du Monde Arabe. Depuis, il parcourt le monde.

Formé à la musique arabe classique, il recherche comment atteindre « les oreilles orientales » par ses compositions. Exceptionnelles, ces dernières jettent un pont entre deux continents, entre passé et avenir aussi. Ses maîtres ? Bach, Beethoven, mais aussi John Lennon, Paul McCartney ou encore Keith Jarrett. Mais son phrasé est unique : nostalgie des ballades orientales, rigueur d’une fugue de Bach, tension du tango, rythme jazzy lancinant… C’est ce qu’on appelle le style.

Peu expressif quand il est loin de son piano, le musicien en pleine action semble jouer sa vie entre chaque note. Il fait corps avec son instrument, est comme aspiré par lui. En tout cas, il est inspiré pour en révéler son âme. Intensité de jeu, sens aigu de la composition, goût pour la recherche… On comprend pourquoi Farah est le fer de lance de la nouvelle scène de jazz.

Quel privilège, aussi, que de pouvoir écouter en avant-première le premier album de Krystal Mundi ! Autour de Simon Mary, contrebassiste et leader, Guillaume Grosbard, Tomoto Katsura, Iacob Maciuca et Geoffroy Tamisier font preuve d’une belle virtuosité. Originale, cette formation de chambre pour accompagner ces compositions aux saveurs des cultures du monde ! Simon Mary, qui a largement participé à l’avènement du mouvement world jazz, sait choisir ses compagnons de route : ils viennent tous d’horizons différents et ont, d’ailleurs comme le pilier du groupe, des itinéraires transversaux.

Des tonalités indiennes ou des Balkans, des accents yiddish se mêlent ainsi à des arrangements classiques, au groove du jazz ou à la tension de l’école minimaliste américaine. Ce projet d’album, nourri de mythes et légendes, est né d’heureuses rencontres autour de quatre points cardinaux : la Bretagne, les Caraïbes, l’Europe de l’Est et l’Asie (en particulier l’Inde). C’est éclectique, mais d’une grande intégrité, car cette musique est guidée par l’élégance, sans que la virtuosité ne soit démonstrative. Un régal ! Leur plaisir de jouer résonne dans chacun des morceaux, d’autant plus que de subtiles improvisations permet à chaque talent de s’exprimer !

Inclassables et hors pairs

Talentueux, insatiable et curieux, Yom a le goût des aventures musicales. Du klezmer traditionnel au jazz, en passant par l’orgue ou le rock, ce clarinettiste ne cesse d’emprunter de nouveaux chemins. Dans la continuité d’un travail sur les musiques sacrées, il nous emmène, cette fois-ci, sur les territoires spirituels de la transe sous toutes ses formes : mysticisme, ferveur, ambiances orientalisantes, rythmiques répétitives…

Yom Trio © Florian Renault

Ses compositions originales sont taillées sur mesure pour ce combo virtuose. Car après avoir joué longtemps en solo, il se produit actuellement en trio, aux côtés de Fréderic Deville au violoncelle et de Régis Huby au violon. L’alchimie opère, même si sa présence est hypnotique. Yom ondule et se balance, suit les rythmes composés de différentes strates, entrelacés d’harmonies sophistiquées. Il y a du surnaturel dans cette musique-là et ses fulgurances nous transportent. Fascinant.

Toujours des envies d’ailleurs ? Voilà encore une embardée hors des sentiers battus ! Gérald Toto nous emmène, non sans grâce, sur les terrains de la romance pop (My Girlfriend), du blues (Dutiful Love), de chansons créoles ou de chœurs éthérés. Quelle douceur ! Il puise dans le jazz, le blues, le flamenco ou la bossa nova pour ses propres compositions. Sa voix y est maîtresse, chaude et originale, suave mais étonnamment claire. Elle mène sur de lointains rivages. Avec une technique proche du beat box, il en use même comme de percussions et il fait battre le cœur de nombreux amateurs dans la salle.

Gérald-Toto

Gérald Toto © DR

À l’antithèse : Von Pourquery. Musicien hyper actif, saxophoniste, auteur-compositeur, chanteur il est devenu l’un des artistes les plus charismatiques de la scène actuelle, aussi exigeant que populaire, aussi fougueux que fantasque. Depuis ses Victoires de la musique (en 2014 et 2017), il enchaîne les collaborations (avec Jeanne Added, Oxmo Puccino, Metronomy…), quand il n’est pas leader du groupe Supersonic (« du rock déguisé en jazz »).

Entre acoustique et électronique, au croisement du rock, du jazz et de la soul, les chansons et les transes sonores de Von Pourquery explorent les genres sans complexes. Ses improvisations barrées nous transportent littéralement dans une autre galaxie.

Le contraste est saisissant avec les précédents, mais Von Pourquery incarne aussi le mélange des esthétiques. Ce savant mélange d’inspirations révèle à quel point les genres musicaux peuvent se fructifier les uns les autres. Et ces fortes personnalités, ces talents à part entière sont comme autant de pulsations d’un monde bien vivant. 

Léna Martinelli


Faraj Suleiman

Site de l’artiste

Chapelle Ambroise Paré, le 19 septembre 2019

Krystal Mundi

Avec : Simon Mary (contrebasse, compositions), Tomoto Katsura (violon), Iacob Maciuca (violon), Geoffroy Tamisier (trompette), Guillaume Grosbard (violoncelle)

Chapelle Ambroise Paré, le 18 septembre 2019

Yom Trio

Site de l’artiste

Avec : Yom Trio (compositions et clarinettes), Fréderic Deville (violoncelle), Régis Huby (violon)

Chapelle Ambroise Paré, le 18 septembre 2019

Gérald Toto

Site de l’artiste

Chapelle Ambroise Paré, le 19 septembre 2019

Von Pourquery

Avec : Von Pourquery (voix, clavier), Sylain Daniel (basse, chœurs), David Aknin (batterie, chœurs)

6PAR4, le 19 septembre 2019

Dans le cadre du Chainon Manquant, 28édition

Du 17 au 23 septembre 2019 à Laval et Changé

Billetterie / Bar du festival / Bals Parquets / Point infos • Square de Boston • 53000 Laval

Leila-Ka-Pode-Ser © Yoann Bohac

Focus femme au Chaînon Manquant, Leïla Ka, Maria Dolorès Y Amapola Quartet, Marina Rollman, à Laval

Des femmes fortes

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Les femmes sont toujours bien représentées au Chainant Manquant. Parmi nos découvertes, trois ont notre faveur cette année : la chorégraphe Leïla Ka, qui mène la danse, tandis que la chanteuse Maria Dolorès nous épate et que l’humoriste Marina Rollman nous a beaucoup fait rire.

Leïla Ka : solo monumental

Pour sa première création, Leïla Ka mêle les genres dans une chorégraphie intense. Seule sur scène face au public, sa présence est incandescente. Elle brûle littéralement les planches. Entre postures singulières et mouvements saccadés, ses membres se heurtent. Après une lutte acharnée, la jeune femme finit par s’effondrer, mais pour mieux évoluer. Sous le tutu, un survêtement et des baskets. Elle a joué des coudes. Elle bouge à présent les lignes. À cette danse brute succède alors un tourbillon hypnotique. Tel un derviche tourneur, Leïla Ka est en quête. Cherche-t-elle, comme dans une cérémonie soufi, à atteindre la source de toute perfection ? En tout cas, son élévation confine au sublime.

Que se trame-t-il derrière ce chignon tiré à quatre épingles ? S’agit-il d’une danseuse classique au corps brisé ou bien d’une breakeuse contrariée ? Entre rage et envolées lyriques, une souffrance s’exprime : la réalité, intime et sombre de l’artiste qui se cherche, celle d’un corps qui s’isole jusqu’à se trouver.

Troublante, Leïla Ka bouscule nos repères, même pour les amateurs de danse contemporaine et de hip hop qu’elle déconstruit, intégrant capoeira et danse orientale. Ce profil atypique est loin d’être une ballerine dans sa boîte à musique ! Entrée dans la danse par les portes du hip hop, interprète chez Maguy Marin pour May B, Leïla Ka danse en fait la difficulté d’être soi.

Aujourd’hui, elle est libre et est elle-même. Avec Pode Ser, elle livre le témoignage poignant d’une jeune femme qui, avec force et inventivité, se réapproprie et détourne les codes, les registres et les esthétiques pour s’affirmer. Une étoile naît donc sous nos yeux. Le propos est fort et son interprétation magistrale. Le format est court (17 minutes) mais l’émotion intense. Cet instantané a la puissance d’un uppercut et d’une révélation.

Maria-Dolores-Amapola-Quartet © Sylvain Gripoix

Maria Dolorès y Amapola Quartet © Sylvain Gripoix

Maria Dolores : une diva du tango qui divague

Maria Dolores a le tango dans le sang. Elle le chante, le danse, le raconte, avec humour et passion. Mais il ne faut pas s’attendre à la diva classique et à l’histoire traditionnelle. Elle a du coffre et de quoi dire : « J’ai 22 ans… d’expérience », annonce-t-elle d’emblée, mais Maria Dolores détone. Et déconne aussi beaucoup !

D’airs susurrés en milongas des exilés, on parcourt les trottoirs de Buenos Aires. Toutefois, entre deux morceaux, elle n’hésite pas à sortir son sac Liddle pour sa pause casse-croûte et à sortir son cubi’ de blanc (« pour pallier aux carences en globules blancs », se justifie-t-elle). Son histoire du tango est la sienne, décalée et gonflée. Elle ose, sans détours. Orgueilleuse, jalouse, hystérique, de mauvaise foi, raciste, elle est épouvantable.

Personnage à la Almodovar, elle n’a pas le goût des demi-mesures et « s’en tamponne le coquillard » : « Le tango tape sur le système au bout du moment », reconnaît-elle. Alors, elle s’empiffre, s’empêtre, s’éparpille, rouspète et roupille, s’époumone et s’épanouit avec son Pupuce, le bandonéiste, évidemment. Puisque le tango est la langue de la passion où fusionne l’amour avec ses joies et ses peines, Maria Dolores partage soupirs et soubresauts, mais confond sensualité et vulgarité.

On ne lui en tient pas grief. Elle est irrésistible et Lou Hugot nous scotche par son tempérament. Chant, mise en scène et divagations, elle assume tout et elle assure. On passe donc un excellent moment en sa compagnie et celle de l’Amapola Quartet (violon, piano, contrebasse et bandonéon), des musiciens excellents, des interprètes complets, qui se prêtent volontiers au jeu, s’amusent et nous font entendre des morceaux divins. Alors les spectateurs, dont Maria Dolores embrasse le quart à la fin, est emballé !

Marina-Rollman-Un-spectacle-drôle © Charlotte-Abramow

Marina Rollman © Charlotte Abramow

Marina Rollman : désopilante !

Inconnue il y a encore un an, Marina Rollman, jeune humoriste suisse de 30 ans, s’est fait connaître sur France Inter. Elle écume les festivals en Suisse, en France et outre-Atlantique. Elle est ainsi passée par Montreux ou le Djamel Comedy Club, a assuré les premières parties de Gad Elmaleh. Avec son premier stand-up, le public peut la découvrir sur scène. Elle faisait sa rentrée à Laval. « Je ne suis pas très en forme », s’excuse-elle. Même en fin de soirée, elle a pourtant fait un tabac.

Avec un titre pareil (Un spectacle drôle), elle n’a pas le droit à l’erreur. Mais sa verve à cent à l’heure et sa vision du monde bien trempée fait mouche. Durant une petite heure, Marina Rollman y aborde tous les sujets avec un ton unique mêlant malice et ironie. C’est intelligent et fin. Efficace.

L’humoriste livre des observations piquantes sur notre quotidien, sans omettre d’aborder des sujets plus profonds. Qu’il s’agisse de sa propre dépression (« Y’a des jours où t’as envie de mourir, mais t’as trop la flemme. Moi ça a duré 5 ans »), ou de sujets sociétaux tels que le racisme, l’écologie, le féminisme, chaque fois son humour tape dans le mille. Quand elle ne parle pas de l’ignorance des hommes en matière de plaisir féminin, elle pointe le sexisme des pubs. Espiègle, elle épingle notre époque et tourne nos mœurs en dérision. Ses fixettes : l’auto-entrepreneuriat, la malbouffe, ou encore le crossfit, très en vogue dans les salles de sport.

Ses sketches sont très écrits mais, sincère, elle insiste sur nos contradictions, livrant en pâture ses remords d’omnivore, par exemple. Son débit étant aussi rapide que le Lystria, on s’accroche pour ne pas louper un wagon. Sans virgule, ni points de suspensions, on regrette parfois de ne pouvoir saisir le sens de toutes les digressions. Car Marina s’emballe, fuse, veut dire toute ce qu’elle a sur le cœur. Toutefois, même à minuit, après avoir vu beaucoup de spectacles, on retient l’essentiel : la nécessité de rire de tout, même du pire ! 

Léna Martinelli


Pode Ser, de et avec Leïla Ka

Lumières : Laurent Fallot

Tout public à partir de 6 ans

Durée : 17 minutes

Théâtre de Laval, le 19 septembre 2019

Dans le cadre du Chaînon Manquant, 28e édition

Du 17 au 23 septembre 2019

Tournée

Le 2 avril 2020, à l’Espace 1789, scène conventionnée danse de Saint-Ouen, dans le cadre du Festival Séquence Danse Paris (Programmation Centquatre hors les murs)

Maria Dolores y Amapola Quartet

Site ici

Chant, textes, mise en scène et déviances : Maria Dolores

Bandonéon, arrangements : Michel Capelier

Contrebasse : Christophe Dorémus

Violon : Ariane Lysimaque

Piano : Sandrine Roche

Durée : 1 h 10

Tout public à partir de 10 ans

Chapiteau, le 18 septembre 2019

Dans le cadre du Chaînon Manquant, 28e édition

Du 17 au 23 septembre 2019

Tournée en cours

Un spectacle drôle, de et avec Marina Rollman

Site de l’artiste ici

1 heure

Chapiteau, le 18 septembre 2019        

Dans le cadre du Chaînon Manquant, 28e édition

Du 17 au 23 septembre 2019

Tournée en cours

À partir du 24 septembre au Théâtre de l’Œuvre, à Paris, les mardis et mercredis à 21 heures

ERSATZ-Julien-Mellano-collectif-aïe-aïe-aïe © Laurent Guizard

« Ersatz », du Collectif Aïe Aïe Aïe, Théâtre Jean Macé, Le Chainon Manquant à Laval

Le théâtre d’objet, laboratoire du transhumanisme

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Gros coup de cœur du Chainon Manquant : « Ersatz », une projection fantasmée de l’homme de demain. Entre performance insolite et farce dérangeante, Julien Mellano y dissèque la révolution technologique avec une inventivité bluffante et une poésie réjouissante.

Assis derrière une table de dissection high-tech en trois volets, un étrange personnage se livre à de drôles d’expériences : tester un cerveau externe, découper, assembler, bref manipuler toutes sortes d’objets. S’agit-il d’un scientifique ou d’un cobaye ? Surtout, sommes-nous face à un homme ou une machine ?

Le titre lance une piste : celle du clone (le terme allemand ersatz signifie produit de remplacement). Quoi qu’il en soit, cet olibrius n’affiche guère d’émotion (hormis la surprise) et ne prononce aucun mot. En revanche, amplifié par un dispositif sonore invisible, chacun de ses bruits et gestes emplit l’espace. Ses membres craquent, ses yeux clignent et sa mâchoire grince. Bouger, manger, respirer : instinct de survie d’une intelligence artificielle à bout de souffle ? Cette créature augmentée semble en effet bien diminuée. Mais il est ici surtout question d’espèces menacées, dont l’Homme.

ERSATZ-Julien-Mellano-collectif-aïe-aïe-aïe © Laurent Guizard

© Laurent Guizard

Résultat saugrenu issu de l’alchimie entre celui-ci et la machine, ce spécimen solitaire apparaît en tout cas comme le monstre possible de demain. Julien Mellano invite les spectateurs dans un jeu de pistes drôle et mystérieux, où les symboles s’articulent pour former un tableau allégorique qui rappelle les vanités du XVIIe siècle. Comme dans un triptyque, fémur, fougère, puzzle et autres pièces étonnantes circulent entre passé, présent et avenir. En moins d’une heure, on assiste à une histoire de l’humanité, depuis la Préhistoire !

Fantaisie créative inspirée par l’étrangeté

À l’aide d’objets détournés et de quelques effets spéciaux, Julien Mellano conçoit une forme parfaitement adaptée au sujet. En effet, quoi de plus convaincant, pour dénoncer les travers technologiques, que de révéler la magie du théâtre d’objet ? Avec cet être ultra connecté, roi de la bidouille, Julien Mellano nous livre, en fait, une célébration décalée de son art de prédilection, son laboratoire en quelque sorte. Une boîte en carton se transforme en ordinateur ou en lunettes de réalité virtuelle, une encyclopédie du siècle dernier devient en 3D en un rien de temps. Les matériaux de fabrication très simples apparaissent comme autant de vestiges et chaque invention est d’une grande poésie. La bande sonore est très évocatrice et les images sont très fortes. Plasticien de formation, Julien Mellano sait les combiner pour créer du sens. Timing, bruitages et mouvements sont parfaitement synchronisés.

Aux croisements du théâtre et des arts visuels, quelque part entre Jacques Tati et Black Mirror, Ersatz a l’éclat glacé du futur déjà présent. Le spectacle pose, avec légèreté, des questions profondes sur le transhumanisme : il ne cède pas à la facilité de l’anti-technologie primaire et ne tombe pas dans le piège du didactisme. L’humour pince-sans-rire du Collectif Aïe Aïe Aïe fait mouche. D’ailleurs, ce théâtre d’objet fait un carton ! Créé en 2018 à Laval, dans le cadre de Onze, biennale de la marionnette et des formes manipulées, il poursuit sa tournée. Et on espère pour très longtemps encore car il est important que les jeunes générations le voient. 

Léna Martinelli


Ersatz, du Collectif Aïe Aïe Aïe         

Site du collectif

Conception, mise en scène et jeu : Julien Mellano

Regard extérieur : Étienne Manceau

Lumière et régie : Sébastien Thomas

Théâtre Jean Macé, le 19 septembre 2019

Tout public, à partir de 12 ans

50 minutes

Tournée ici

Dans le cadre du Chainon Manquant, 28édition

Du 17 au 23 septembre 2019 à Laval et Changé

Billetterie / Bar du festival / Bals Parquets / Point infos • Square de Boston • 53000 Laval

Hang-up-Les-Diptik

« Hang Up », de la Cie Les Diptik, Théâtre Jean Macé, Chaînon Manquant, à Laval

Être ou ne pas être ?

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

La compagnie fribourgeoise Les Diptik a présenté sa première création dans le cadre du Chaînon Manquant. Ce duo clownesque sur l’absurdité de la condition humaine est à mourir de rire. Céline Rey et David Melendy ont un talent fou. On est fan.

Céline Rey et David Melendy se sont rencontrés sur la piste du Cirque Monti en 2013, où ils ont présenté leurs premiers numéros de clown. Depuis, ils ont étoffé leur personnage et leur succès a forgé leur complicité. Elle est suisse et lui californien. Après trois ans de cavale internationale, ils ont créé, avec Marjolaine Minot, ce premier spectacle, Hang Up, à Fribourg en 2015, pièce auréolée de plusieurs prix dans des festivals internationaux. Cette année, la tournée fait davantage connaître en France cette véritable pépite.

En attendant… Dans la « Station de l’Entre-deux », Garlic et Dangle prennent leur mal en patience. Un vieil haut-parleur grésillant leur rappelle sporadiquement qu’ils sont en attente de réincarnation. Elle, petite boule de nerfs, est impatiente et mutine. Garlic remplit l’espace de ses paroles et de ses « désirs impossibles », une collection de bouts de papier qu’elle ne cesse de trier. Elle rêve de se réincarner en arbre pour « être là », simplement. À moins d’être « une héroïne de l’ombre » ou bien « dictatrice de la bienveillance ». Comment choisir ?

Dangle, quant à lui, long, lent et mélancolique, est inquiétant. Il souhaiterait se transformer en pierre afin de durer longtemps et de remonter la pente. Pour l’heure, il tente d’achever son poème et se perd dans des réflexions philosophiques. Avant d’être précipités dans leur nouvelle vie, ils ont le temps de se confronter à leurs rêves. Un catalogue est d’ailleurs à leur disposition pour les aider dans leur sélection : « Il y a toujours plus d’humains. Pourquoi pas être un animal ? » Oui mais lequel ??? Tout est possible, c’est bien le problème et c’est révoltant !

« État d’âme »

Déjà, la situation est cocasse. On pense à Beckett, bien sûr, ou encore à Huis Clos de Sartre. Suspendus hors du temps, ces deux âmes fantasques soulèvent des questions profondes sur la liberté, davantage que sur la métaphysique. Comment se choisir une vie, un corps, une place ici-bas ? Garlic et Dangle auscultent l’humanité de manière tellement poétique. Ils se supportent autant qu’ils tentent de porter le monde.

HANG-UP-Les Diptik © Marion Savoy

© Marion Savoy

Certains diront que c’est flottant. Et pour cause ! Comment s’ancrer dans ce monde qui nous dépasse ? Leur analyse vaut le détour, d’autant qu’ils ne perdent pas le sens de la réalité. Leur langage clownesque les décale tout en les replaçant là où il faut, avec malice et tendresse.

Remarquables, les interprètes incorporent un texte drôle et délicat émaillé de dialogues truculents. Une fois sortis de leur chrysalide, Céline Rey et David Melendy campent leur personnage haut en couleurs, leur donnent chair avec une belle expressivité. La théâtralité est assumée et c’est tant mieux, car ils prennent le temps d’installer les situations et de faire naître des émotions. C’est terriblement vivant.

La scénographie est efficace avec des costumes parfaitement adaptés et la mise en scène est astucieuse, notamment pour jouer sur les rythmes. En effet, ici, l’éternité et quelques minutes suffisent pour faire le tour de cette question vertigineuse. Malgré quelques temps morts… indispensables ! 

Léna Martinelli


Hang Up, de Céline Rey, David Melendy, Marjolaine Minot

Compagnie Les Diptik

Avec : Céline Rey et David Melendy

Création lumière : Antoine Zivelonghi

Scénographie : Valentin Steinemann

Tout public à partir de 8 ans

Durée : 1 h 15

Théâtre Jean Macé, le 19 septembre 2019

Dans le cadre du Chaînon Manquant, 28e édition

Du 17 au 23 septembre 2019

Tournée ici

Midnight-Sun-Cie-Oktobre

« Midnight Sun », de la Cie Oktobre, Théâtre de Laval, Chaînon Manquant, à Laval

Grande fresque en blanc, rouge et noir 

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Les acrobates de la Cie Oktobre viennent de présenter au Chainon Manquant leur dernière création. Un spectacle lyrique en diable, à la poésie loufoque.

Lustre monumental à pampilles en plastique et divan défoncé… Dans ce salon bourgeois décati, c’est toute une humanité qui évolue sous nos yeux ébahis. Au centre de ce cauchemar éveillé, un jeune homme tente de faire face à de multiples situations, car une galerie de personnages excentriques se débat autour et avec lui. Pas de pots cassés, mais que de tensions ! Et les numéros de séduction finissent mal. Très mal. Dans cette maison des horreurs, tous les excès sont permis.

Entre élégance et décadence, la Cie Oktobre nous plonge dans une comédie humaine, propice à des acrobaties de tout genres. Cul par-dessus tête. D’ailleurs, le plafonnier cache un trapèze. Des coulisses, surgissent accessoires improbables ou personnages baroques, dont la folie se dévoile vite. Il ne faut pas se fier aux apparences. Comme le luxe – de pacotille rien ne se passe normalement. C’est jubilatoire de voir ces situations tragi-comiques qui dénoncent nos comportements sociaux.

Un homme reste longtemps immobile. Rêve-t-il ? L’atmosphère onirique le laisse penser. Mais peut-être sommes-nous seulement projetés dans l’espace mental de ce personnage en proie à ses démons ? Un espace chaotique qui le dépasse et dont il tenterait de cerner les contours…

Créatif et efficace

Le spectacle élargit peu à peu son terrain de jeu et convie plusieurs disciplines : du main à main et autres portés originaux, des numéros de vélo acrobatique exceptionnels. La compagnie réinvente aussi la contorsion, au service des personnages.

Midnight-Sun-Cie-Oktobre

© Florian Renault

Une curieuse alchimie s’opère ainsi entre cirque, danse, théâtre et musique (avec un excellent pianiste en live). Et les références cinématographiques ne manquent pas : personnalités à la Almadovar, ambiances hitchcockiennes…

À l’excellent niveau technique, s’ajoutent une esthétique soignée et une scénographie très réussie. Les costumes – tout en fluidité – et les éclairages sont magnifiques. Au blanc faussement serein, succède le rouge de la passion et le noir inquiétant. Enfin, plusieurs surprises rythment efficacement le spectacle. Bref, voilà du cirque contemporain comme on l’aime, où les sens sont mis sans dessus dessous. 

Léna Martinelli


Midnight Sun, de la Cie Oktobre

Site ici

Mise en scène : Florent Bergal

Écriture : Eva Ordonez et Florent Bergal

Interprètes : Eva Ordonez, Camille Chatelain, Nata Galkina, Coline Mazurek, Max Behrendt, Hugo Georgelin, Thomas Surugue (pianiste).

Tout public à partir de 8 ans

Durée : 1 h 15

Théâtre de Laval, le 17 septembre 2019, à 21 heures

Dans le cadre du Chaînon Manquant, 28e édition

Du 17 au 23 septembre 2019

Tournée ici