« Je l’appelais Monsieur Cocteau », de Carole Weisweiller, Studio Hébertot à Paris

« Je l’appelais Monsieur Cocteau » © Lot

Éternel Cocteau !

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Dans ce spectacle, tiré du livre de Carole Weisweiller, Bérengère Dautun et Guillaume Bienvenu nous livrent une interprétation plutôt convaincante.

Adaptée par Bérengère Dautun elle-même, Je l’appelais Monsieur Cocteau met en scène les souvenirs d’enfance de Carole Weisweiller, la fille de Francine Weisweiller, amie et un moment muse de Jean Cocteau.

Francine Weisweiller, mécène issue d’une riche famille d’industriels, fit la connaissance de Jean Cocteau sur le tournage du film les Enfants terribles dont elle était la productrice. De cette rencontre va naître une amitié qui ne résistera malheureusement pas au temps. En 1950, elle l’invita à passer quelques jours à Santo Sospir, sa célèbre villa à Saint-Jean-Cap-Ferrat, avec elle et sa fille de huit ans, Carole. Pour s’occuper, Cocteau demanda à son hôtesse s’il pouvait dessiner une tête d’Apollon au-dessus d’une cheminée du salon. Ce dessin sera le premier d’une grande fresque murale qui envahira presque toutes les pièces. Jean Cocteau s’installa régulièrement à la villa pour de longs séjours pendant plus de dix ans.

L’action de Je l’appelais Monsieur Cocteau se passe de nos jours. De retour d’une soirée, Carole Weisweiller va faire revivre le souvenir du poète dans une sorte de dialogue avec son esprit. Elle aborde les années durant lesquelles elle côtoya le Prince des poètes, jusqu’à sa mort en octobre 1963. Elle conte des anecdotes permettant de se faire une idée des différentes facettes de l’artiste, de son talent, de son humour et de sa gentillesse. La preuve en est, ces tapeurs qui, parfois, sous prétexte de demander un autographe, lui faisaient signer des reconnaissances de dette, lui qui n’avait pas le sou et donnait même ce qu’il n’avait pas. Telle fut la crédulité de l’homme qui ne savait dire non à personne. On entraperçoit également sa relation avec Picasso, qui était loin d’être un long fleuve tranquille. Et puis arrive la brouille avec Florence Weisweiller. Sur quelques racontars, elle congédie Jean Cocteau. La perte est terrible pour la jeune fille qui ne pourra le voir aussi souvent qu’elle l’aurait voulu. Vient ensuite la mort, brutale et inadmissible. Le poète n’est physiquement plus là, mais, comme il l’avait lui-même écrit sur sa tombe dans cette petite chapelle de Milly-la‑Forêt où il repose : « Je reste avec vous ».

La scénographie est suffisante et efficace

La mise en scène est simple. Voire simpliste. Le jeu des comédiens est juste. Néanmoins, Bérengère Dautun, ancienne sociétaire de la Comédie-Française, me semble un peu figée dans sa gestuelle. Ses propos auraient peut-être mérité d’être soulignés autrement, avec moins de retenue.

L’intention du metteur en scène de représenter Jean Cocteau « dans une forme d’intemporalité » par un comédien « incarnant la jeunesse éternelle » est intéressante. Toutefois, le costume-cravate très « jeune cadre dynamique » revêtu par Guillaume Bienvenu n’est pas un choix pertinent. Ce parti pris enlève le côté intemporel du personnage et empêche le spectateur de voir en l’acteur le compagnon tendre et taquin qu’était Cocteau.

La scénographie est suffisante et efficace. Peu d’éléments de décor : quelques meubles et une échelle. Au milieu du plateau, un grand drap blanc et léger sur lequel sont projetés un extrait du film les Enfants terribles, ses fresques à la villa, les titres des tableaux à venir, etc. Ces titres sont tapés à la machine à écrire dont on entend le crépitement à chaque lettre. Ils permettent de cadrer les souvenirs. De plus, ce fond sonore rythme bien les différentes atmosphères.

On sort de ce spectacle avec l’envie de visionner le petit film réalisé par Jean Cocteau en 1952 sur la villa Santo Sospir. 

Isabelle Jouve


Je l’appelais Monsieur Cocteau, de Carole Weisweiller

Adaptation : Bérengère Dautun

Mise en scène : Pascal Vitiello

Avec : Bérengère Dautun et Guillaume Bienvenu

Lumières et vidéo : Mathieu Nenny

Son : Sylvain Denis

Photos : © Lot

Studio Hébertot • 78, boulevard des Batignolles • 75017 Paris

Réservations : 01 42 93 13 04

Site du théâtre : www.studiohebertot.com

Métro : Villiers ou Rome

Du 24 mars au 29 mai 2016, du mardi au samedi à 19 heures, le dimanche à 17 heures

Durée : 1 h 10

28 € | 19 € | 10 €