« Laisse couler », de Valérian Renault, Pan Piper à Paris

Valérian Renault © Catherine Cabrol

Bon sang qu’il est joli, ce vin nouveau !

Par Lise Facchin
Les Trois Coups

On n’avait pas eu l’occasion de l’applaudir à Paris depuis trop longtemps. Valérian Renault s’est produit en concert unique au Pan Piper, belle salle récente à deux pas des grilles du Père-Lachaise. Pas d’erreur pour la présentation de son album solo « Laisse couler ».

En première partie, Nicolas Jules, qu’on ne présente plus aux adeptes de la chanson française contemporaine. Fidèle à lui-même, il a charmé par son talent de chanteur et de guitariste, et par ses textes étonnamment ciselés. Mais qu’il me pardonne, il faut bien que je le confesse : à chaque fois que je le vois sur une scène, je suis partagée entre le plaisir de l’écouter chanter et l’envie irrépressible de lui hurler mon agacement. Bon sang que ce mec cause ! Quelle habitude irritante que celle de parasiter ses transitions par des digressions à l’humour facile et surtout, plus grave, peu renouvelé d’un spectacle à l’autre. Pourtant, c’est peu de dire que ce type a du talent, et des plus originaux, avec sa voix aux mille timbres et ses vers biscornus et tendres. On ne demanderait pas mieux que de l’apprécier sans ombrage.

Petit entracte en hommage tabagique, et c’est le concert. Pour ceux qui ont connu les Vendeurs d’enclumes, la sobriété du solo peut surprendre. Adieu musique expérimentale, free jazz désarticulé, orchestre à crooner et dépense délirante de volts. Ici, une seule guitare électrique, un pied de micro, et un homme. Enfin… l’homme. Celui des textes que, du coup, on goûte mieux puisque le concept de « chanson maximaliste » * a gentiment été remisé comme toutes ces choses que l’on a un jour forgées sans être réellement convaincu qu’on en avait besoin. Valérian Renault, c’est entendu, a une voix et pas n’importe laquelle – on en reparlera –, mais à la limite on s’en ficherait presque. Parce que ce qui reste, ce sont ses textes. Ses vers regorgent de ce qu’il se fait de plus rare : l’inattendu intelligent qu’on adore savoir par cœur et se le fredonner. Des rythmes installés qu’il aime casser, posant la rime à l’endroit malaisé du poème, avec cette maligne habitude qu’il a de changer en princes tous les crapauds qu’il croise.

On se fait rouler avec joie dans la farine de son talent

Que l’on se laisse bercer par ces morceaux que l’on connaît déjà et que l’on aime aimer comme Paresseux ou T’es belle, ou que l’on soit cueilli au vol par les nouveaux morceaux, finalement on se fait promener, embarquer sans avoir rien vu venir. Avec beaucoup de sincérité, Valérian Renault nous roule dans la précieuse farine de son talent. Sa voix, douceur si tendre autant que cri, crissement, glace limpide, est d’une incroyable matérialité. Moins que des émotions, elle a cette curieuse particularité d’évoquer – d’invoquer ? – des matières, ou plutôt les sensations mêmes que ces matières provoquent. Froid du métal, douceur rêche d’un velours épais, éraflure d’un papier de verre à gros grain, tendresse moelleuse d’un éclat d’aubier…

Et puis il faut bien dire également qu’à l’occasion de ce concert, il a su s’entourer. Guilem Valayé, chanteur du groupe 3 minutes sur mer, et qui lui a donné la réplique, a lui-même un bien joli brin de voix. Leur duo sur Jardin et la Montalbanaise fait chaque fois mouche : les timbres se complètent très harmonieusement dans une complicité toute palpable. Jardin, d’ailleurs, quel texte ! Et quel arrangement aussi ! Car si l’on sait écrire, mettre en musique est non moins un autre métier, et il faut bien reconnaître que Valérian Renault est compétent une fois de plus. J’irai même jusqu’à dire que d’année en année, le bougre s’améliore. Et si sa sensibilité tout à fleur de peau s’est parfois cachée derrière une tendance à la palabre par trop envahissante, l’artiste est parvenu à élaguer le superflu. Encore, s’il en était besoin, une preuve de sa valeur. 

Lise Facchin

* La « chanson maximaliste » était le concept défendu par les Vendeurs d’enclumes, une forme où la musique et le texte ne se servaient pas l’un l’autre, mais s’interpénétraient, s’effaçant tour à tour. Il n’était donc pas rare que des vers sautent ou soient couverts par la musique.

Lire aussi « Valérian Renault en solo », l’Arrache‑cœur à Avignon.


Pan Piper • 2‑4, impasse Lamier • 75011 Paris

Métro : Alexandre-Dumas, Voltaire, Père-Lachaise

Tarifs : information introuvable

http://pan-piper.com/live/events/event/valerian-renault/

Photo : © Catherine Cabrol

https://www.facebook.com/valerian.renault/

Tournée :

  • Le 8 mars 2016 au Théâtre Ducourneau d’Agen
  • Le 1er avril 2016 à la Maison des jeunes et de la culture d’Ay
  • Le 2 avril 2016 dans les salons du château de Morsang-sur-Orge
  • Le 7 mai 2016 au festival Alors… chante !, à Castelsarrasin
  • Le 3 août 2016 au festival Barjac m’enchante, à Barjac