« le Roi Lear », de William Shakespeare, Théâtre de la Madeleine à Paris

le Roi Lear © Christophe Vootz

Un beau spectacle

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Ce « Roi Lear » revisité, avec le grand Michel Aumont dans le rôle-titre, est une belle découverte.

William Shakespeare est loin d’être un inconnu pour Jean‑Luc Revol, comédien et metteur en scène. En effet, ce dernier avait déjà monté la Tempête (1997) et Hamlet (2011). Avec cette version très contemporaine du Roi Lear, dont il signe également la traduction, il cherche une nouvelle fois à faire entendre un texte aux multiples sentiments, surtout les plus extrêmes. On est servi.

L’intrigue, plutôt complexe, se noue autour de deux histoires parallèles, celle du Roi Lear et de son loyal sujet, le Comte de Gloucester. Dans son adaptation, le metteur en scène a souhaité sortir du décor de la tragédie shakespearienne classique. Il nous entraîne donc à la veille de la crise de 1929. Cette transposition temporelle est tout à fait crédible grâce à la modernité de l’œuvre de Shakespeare et au talent de Jean‑Luc Revol.

Déjà vieux et fatigué, Lear décide de se défaire de tout son empire cinématographique au profit de ses trois filles. Il y a toutefois une condition : qu’elles lui disent tout l’amour qu’elles ont pour lui. Les deux aînées s’empressent de faire ses louanges de manière outrancière. La cadette refuse d’entrer dans ce jeu de dupes. La tendresse authentique qu’elle porte à son père ne doit pas s’abaisser à de telles simagrées. Malheureusement, trop orgueilleux pour accepter cette attitude, il va la déshériter. Malgré les avertissements de son fou, Lear repousse la vérité. Pourtant, il ne tardera pas à se rendre compte de la fausseté de ses deux aînées. Terrassé par la douleur, il choisit de s’éloigner définitivement et plongera peu à peu dans la folie.

De son côté, le Comte de Gloucester se laisse berner par son fils bâtard, qui lui fait croire que son autre fils légitime est un traître qui complote contre lui. Il va le bannir sur le champ. Cela ne lui portera pas chance. Il sera torturé et exilé pour être resté fidèle à Lear. La suite au théâtre.

Michel Aumont est toujours aussi charismatique

Dans cette pièce, pas de surnaturel ou de surhumain. Seulement des hommes et des femmes face à leurs propres forces et faiblesses, leur grandeur et leur bassesse. La traduction faite par Jean‑Luc Revol de cette œuvre élisabéthaine exigeante est d’une extrême fluidité.

Les comédiens sont très bons et, après plus de soixante ans sur les planches, Michel Aumont est toujours aussi charismatique. On sent sa passion intacte, lui pour qui « le théâtre est le seul endroit où on se sent légitime, où on a l’impression d’exister ». Il est ce Lear, vieux et dur, affaibli et presque sénile. Un coup de chapeau à Denis d’Arcangelo, magnifique fou du roi, drôle, émouvant et rusé, qui trouve le juste milieu entre grotesque et sobriété. Son jeu, ses paroles et ses chansons apportent la légèreté nécessaire à cette tragédie presque étouffante par moments.

Les tableaux s’enchaînent dans une scénographie efficace. La scène est transformée en un plateau de tournage. Tout se construit et se déconstruit sous les yeux du public. Les artifices de la machinerie cinématographique sont utilisés pour appuyer l’histoire de ce roi déchu. Des morceaux de décor, de toiles peintes, de soufflerie donnent le tempo.

Les différentes musiques soulignent parfaitement les séquences et apportent cette note d’angoisse inhérente au propos. Petit bémol quant au bien-fondé de certaines scènes de combat pas très convaincantes qui pourraient faire l’objet de quelques coupures. 

Isabelle Jouve


le Roi Lear, de William Shakespeare

Adaptation : Jean-Luc Revol

Mise en scène : Jean-Luc Revol

Avec : Michel Aumont, Bruno Abraham-Kremer, Marianne Basler, Agathe Bonitzer, Anne Bouvier, Olivier Breitman, Frédéric Chevaux, Denis d’Arcangelo, Jean‑Paul Farré, Éric Guého, Martin Guillaud, José‑Antonio Pereira, Éric Verdin, Nicolas Gaspar, Arnaud Denis

Assistant mise en scène : Sébastien Fèvre

Décors : Sophie Jacob

Lumières : Bertrand Couderc

Son / musique : Bernard Vallery

Costumes : Pascale Bordet

Photo : © Christophe Vootz

Théâtre de la Madeleine • 19, rue de Surène • 75008 Paris

Réservations : 01 42 65 07 09

Site du théâtre : www.theatremadeleine.com

Métro : ligne 8, arrêt Madeleine

Du 20 septembre au 11 octobre 2015, du mardi au samedi à 20 heures, dimanche à 17 heures

Durée : 2 h 40

55 € | 45 € | 20 € | 10 €