« En attendant le Grand Soir », cie Le Doux Supplice, Le Citron Jaune, Les Élancées, Scènes & Cinés, Port-Saint-Louis-du-Rhône

En-attendant-le-grand-soir-cie-Le-Doux-Supplice © Edouard-Barra, Ian-Grandjean, Pierre-Rigo

Arts du geste en partage

Léna Martinelli
Les Trois Coups

Pour son lancement, le Festival a célébré ses 25 ans avec deux propositions d’amateurs et « En attendant le Grand Soir », un spectacle emblématique des arts du geste que promeuvent Les Élancées et de sa volonté d’associer les publics. Après la « Demolition Party », voilà un autre symbole fort et un avant-goût des réjouissances à venir. Quel plaisir d’être ensemble !

En complicité avec les associations locales, des démonstrations de cirque, des mini-chorégraphies, un bal improvisé sur la piste du Magic Mirror et un goûter ont été proposés pour un après-midi festif et familial ouvert à tous. Nous avons été bluffés par le niveau général de ces amateurs, que ce soit Pulsion ou Cabriole Arts du Cirque, qui a repris, avec la formidable Annick Le Guennou, des numéros ayant jalonné ces décennies de production. L’ambiance était bon enfant. Quant à la directrice de la Maison de la Danse, Sophie Dalmasso, elle a mis le feu à la piste du Magic Mirror, entraînant avec elle toutes les générations.

Cette générosité est à l’image de la convivialité et du brassage souhaité par Scènes et Cinés. Ces partenaires historiques de Scènes et Cinés tissent de précieux échanges entre amateurs et professionnels, professeurs et artistes, permettant un enrichissement mutuel et le plaisir de partager, de confronter, de transmettre.

Élans

Ensuite, dans la prolongation de cette fête d’ouverture, et en collaboration avec Le Citron Jaune (Centre national de création en espace public de Port-Saint-Louis-du-Rhône), En attendant le Grand Soir (cie Le Doux Supplice) a ouvert en grand le festival 2024. « Entrez dans la danse ! », écrivait déjà Laura Plas, lors de ses premières représentations en 2021 (lire son article).

Mêlant acrobaties et danse, ce spectacle brouille les frontières entre les disciplines, ainsi qu’entre artistes et publics, invités sur la piste, toujours avec délicatesse. Bien qu’elle comprenne des personnalités bien campées, la dizaine d’interprètes a l’art et la manière de se fondre dans la masse pour nous faire participer, entre pas de côté et fines adresses, à une expérience inoubliable, marquée du sceau de l’émotion.

Embrasser l’avenir

Après des jeux de confiance qui échauffent leurs corps et testent ceux qui les entourent, viennent les portés vertigineux et la danse en constante métamorphose. Chacun dans son style, exécute des pas, seul, en couple, en groupe, entraîné dans les lubies d’un disc-jockey décalé à souhait, plus clown que Mr Loyal. Tous nous entraînent dans une folle sarabande, depuis le fest-noz jusqu’à la house, en passant par le swing ou la salsa.

On garde en tête la virtuosité technique, la construction solide du spectacle (malgré la part importante laissée à l’improvisation), et plusieurs moments magiques, comme ce tango argentin suspendu dans les airs ou cette valse tourbillonnante, la puissance de l’un, la grâce d’une autre, l’allégresse générale, des rencontres qui débouchent sur d’évidentes alchimies, la bienveillance, sinon la tendresse, qui se dégage. D’emblée, la danse contact rappelle qu’on doit pouvoir compter sur son partenaire (et donc rendre la pareille). Quant au slow, « il demande du courage ! », ironise un interprète ! Car à une époque où l’on parle beaucoup d’intelligence collective, faire corps commun reste un vrai défi.

Et si danse et voltige n’étaient qu’une et même manière d’être ensemble ? Presque naturellement, ce spectacle se termine en fête. Toutefois, loin d’être benêt, En attendant le grand soir est aussi une formidable invitation à rester éveillé, actif, debout : « C’est beau les gens qui dansent. Ça ne fera pas des lendemains qui chantent, mais on n’arrête pas un peuple qui danse ! ». En somme, cet appel à la liberté d’expression et à la solidarité est une petite révolution…

En tout cas, cette mise à l’honneur des corps et des publics, cette bonté et cette audace sont une belle façon d’entamer Les Élancées, représentatives de l’esprit général, même s’il faut à présent attendre Cendrillon, pour entrer à nouveau dans le bal, mais cette fois-ci à la fin du ballet recyclable. Et éveiller les consciences autrement. 🔴

Léna Martinelli


Anniversaire et fête d’ouverture

Avec Cabriole et Pulsion, Maison de la Danse
Espace 233 Magic Mirror • CEC Les Heures Claires • 13800 Istres

En attendant le Grand Soir, de la cie Le Doux Supplice

Site de la compagnie
Écriture et mise en scène : Pierre-Jean Bréaud
Avec : Avec Boris Arquier, Marianna Boldini, Pierre-Jean Bréaud, Laetitia Couasnon, Fredéric Escurat, Tom Gaubig, Guillaume Groulard, Pablo Monedero (Otto) et Guillaume Sendron ou, en alternance : Caroline Leroy, André Rosenfeld Sznelwar, Marie Pinguet et Phillipp Vohringer
Durée : entre 1 h 15 et 1 h 30
À partir de 8 ans
Le Citron Jaune, Centre national de création en espace public • 30, av Marx Dormoy • 13230 Port-Saint-Louis-du-Rhône
Infos : 04 42 48 40 04

Dans le cadre du festival Les Élancées, 26e édition du 10 au 25 février 2024, porté par Scènes & Cinés

À découvrir sur Les Trois Coups :
☛ Les Élancées 2024, annonce de Léna Martinelli

Photos : © Ian Grandjean © Édouard Barra © Pierre Rigo © DR

À propos de l'auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Du coup, vous aimerez aussi...

Pour en découvrir plus
Catégories

contact@lestroiscoups.fr

 © LES TROIS COUPS