Bientôt, le 39e festival Circa !
Léna Martinelli
Les Trois Coups
Les chapiteaux sont en cours de montage, les bénévoles sont sur le pont, toutes les équipes s’activent et les premières compagnies seront bientôt là. Focus sur les spectacles déjà vus (près d’un tiers tout de même !) et les autres, à découvrir du 16 au 23 octobre à Auch.
Des histoires renversantes et des réflexions saisissantes sur notre monde, des prouesses (dé)calées, du vertige, voire du trouble : cette programmation aborde tout cela et bien plus, de façon spectaculaire (ou pas). Le cirque d’aujourd’hui puise beaucoup dans les ressources de l’intime, parle, tente de réparer, bouscule parfois, car il n’oublie pas l’audace, une des caractéristiques du cirque.
« Risquer la chute… Libres ! » est le titre de l’édito. Comme l’écrit justement Olivier Debelhoir (Cie d’un Ours), « Nous ne cherchons pas à repousser nos limites mais à faire du lien avec. Nos spectacles, vivants, nous poussent à jouer et à tourner, nous confronter. » Lui qui a déjà atteint bien des sommets, s’engage d’ailleurs sur de nouvelles voies. Il fait encore du hors-piste puisque, après sa yourte et le plein air, il s’aventure en salle.
Pour commencer, on est ravi de retrouver ici Manel Rosés, artiste catalan dont Circa programme le premier solo, Akri. Découvert à UP! Bruxelles (un extrait, en présentation de projet), et depuis, salué par plusieurs prix, l’acrobate nous avait tapés dans l’œil (lire notre critique). Autre spectacle vu à Bruxelles : Sawdust Symphony, d’une inventivité rare. Réunis par leur passion commune pour le travail du bois, l’artisanat et la manipulation d’objets, Michael Zandl, David Eisele, Kolja Huneck transforment un atelier de bricolage en un terrain miné. Entre vis, marteaux, clous, colle, scies et copeaux, tout semble possible… ou presque. Cette drôle de symphonie parle autant du plaisir de construire que de la fragilité de nos ambitions (lire notre critique).
Quand les artistes nous invitent à regarder le monde
Parmi les grands formats, CirkVOST, emblématique compagnie spécialisée dans la voltige aérienne et le trapèze volant, présente sa dernière création TRAXXx. Sous le chapiteau cathédrale culminant à 23 mètres de hauteur, une scénographie XXL est le terrain de jeu des acrobates. Époustouflant !
Bien moins haut, mais à la portée symbolique certaine, l’échafaudage de La Côte Folle est plus qu’un agrès de cirque. C’est une maison de famille où sera recueillie une femme atteinte d’Alzheimer. Disparue de chez elle, on l’a en effet retrouvée à vingt kilomètres, dans un champ, Parmi les vaches. Les cinq interprètes vont donc explorer la capacité de la soutenir et de l’accompagner grâce à des portés acrobatiques et la danse. Réconfortant.



« Pain d’chien » © Marvin Grall ; « Akri » © Luca Rocchi ; « Sawdust Symphony » © Jona Harnischmacher
Moins spectaculaire, Pain d’chien peut toutefois impressionner. Sur le fil, le Cirque sans noms est expert en mises en situation, précipités fragiles, cirque accidentel. Les ampoules grésillent, le plancher s’effrite, sans que les masques ne tombent. Ce sont des anti-héros très forts, des trouble-fêtes discrets. Alors, vaille que vaille, la magie opère. Une traversée du temps qui nous laisse pantois (lire notre critique).
… et le vivant
Avec le Pas du Monde, les 22 artistes réaffirment la force du collectif comme moteur de transformation. Le Collectif XY s’inspire ici des rythmes et des cycles naturels afin de nous reconnecter au vivant. Pyramides humaines figurant les montagnes qui s’érodent, colonnes vacillantes rappelant le souffle du vent dans les arbres, effondrements évoquant la fonte des glaciers… Par son langage acrobatique et organique hors du commun, un paysage humain en perpétuelle évolution prend forme sous nos yeux émerveillés (lire la critique de Laura Plas).
En revanche, c’est sur un dispositif monumental que Gaïa (Cie Bivouac) aborde les liens qui nous unissent à l’environnement. Se jouant de l’instabilité d’une scénographie en perpétuel mouvement, les interprètes tentent de trouver l’équilibre. Autre hommage acrobatique à la grandeur de la nature, cette fois-ci nordique, In Praise of Shadows (Below Zero) convoque glaciers, lacs et aurores boréales pour explorer les zones d’ombre qui existent en chacun de nous et les luttes intérieures de l’être humain.




« Le Pas du monde » © Fabrice Dimier ; « Gaïa » © Carly Gonzalez ; « In praise of Shadows » © Fabricius Silage ; « Parmi les vaches » © Marta Cardellac
Quant à Smooth as Fiasco, il rassemble, lors d’une cérémonie, des personnages guidé·e par leurs fièvres et obsessions. Le Collectif Bislacco est un groupe de 10 artistes issu·e·s des quatre coins du monde (Chili, Argentine, Mexique, Espagne, Belgique, Hollande, France), diplomé·e·s en 2025 de la formation de l’Esacto’Lido, école supérieure des arts du cirque de Toulouse. C’est sûr, ces jeunes vont se surpasser dans cette fresque chaotique et absurde.
Jongleries décalées
Stijn Grupping (Post uit Hessdalen), lui, est seul sur scène. Virtuose du rangement, son personnage de Ballroom fait effectuer à ses balles moult trajectoires rebondissantes. Car s’échiner à remettre celles-ci dans le même casier n’est pas si simple quand celles-ci se « re-balles », ou plutôt se rebellent ! Une fascinante chorégraphie jonglée (lire notre critique).
Une chaise, une lampe, la ficelle de l’interrupteur, une enceinte, un verre d’eau et une bougie. Là aussi, chaque objet est bien à sa place. Là encore, tout peut basculer. Dans Éclipses, Léo Rousselet a le sens du rythme et de l’absurde. Il joue et jongle avec l’ombre, le temps, la lumière et une balle blanche, créant des moments suspendus et magiques (lire notre critique).
Réflexions intimes et universelles
Plusieurs créations relèvent de l’autobiographie. D’ailleurs, Artcena consacre une rencontre au sujet (Circa’penser) : « Je » est mon cirque : l’autofiction, entre le « vrai » et le « faux » ? Martin Palisse présente, en collaboration avec David Gauchard et Stefan Kinsman, Commencer à exister, un face-à-face autant physique que sensible, qui aborde les non-dits et tensions qui façonnent nos histoires familiales (lire la critique de Laura Plas). De même, les deux acrobates d’En(vers) nos pères (Cie Allégorie) se confient et tentent de se réapproprier rôles et postures, en quête d’une paternité alternative à celle qu’ils ont vécue, en tant que fils et parent. Enfin, Sensible (Les hommes sensibles) est une immersion dans les masculinités et la nécessaire déconstruction des clichés, non sans une touche de dérision.
Passons à une autre figure marquante, avec La Vie de ma mère ! La Cie d’un Ours aime les ascensions en plein air. Des vertiges, un chevalier en armure, des crânes… Le funambule Olivier Debelhoir est dans un théâtre et lui, habitué aux plaines à perte de vue, aux crêtes, il n’en a pas les codes. On peut donc s’attendre à toujours plus de loufoquerie. La Cie La Main de l’Homme offre également une réflexion intime et universelle sur la quête de soi. À travers un solo de danse et cirque, Mahamat, né en Côte d’Ivoire et ayant grandi en France, évoque le tiraillement entre ses aspirations personnelles et les injonctions sociales, tout en traitant des thèmes de la dette familiale et du choc des cultures.




« Mahamat » © Gief Kan ; « Envers nos pères » © David Guillermin ; « La Vie de ma mère © Philippe Laurençon ; « Sensible » © Maxime Guérin
Les rapports humains sont vraiment compliqués ? Dans un registre absurde, le duo hyperactif de Naïf Production, réinvente son art de la relation par l’acrobatie. Entre la puissance de la lutte et la grâce d’un tango, Une pédagogie du conflit révèle la complexité de nos liens. Entre contraintes et étreintes (lire la critique de Laura Plas). La peur a toujours été présente, en tous lieux, de tout temps, chez chaque individu. A.N.G.S.T., c’est ce sentiment que Clément Dazin et Lucas Bergandi (Cie La Main de l’homme) ont choisi de décortiquer dans une forme mêlant jonglage et équilibre sur fil. Ensemble, ils jouent avec nos peurs, comme avec les leurs, tentant de comprendre cette émotion qui peut nous sauver la vie ou nous pousser droit dans le mur.
Ne pas manquer non plus l’expo Célestoscope de L’Attraction Céleste dont on adore le travail. Fondée à Auch en 2006, la compagnie de Servane Guittier et Antoine Manceau fête ses 20 ans : « Et 20 le temps de fêter ça ! ».
Rendez-vous incontesté des étudiants et des amateurs
Circa est connu pour dédier une large part de sa programmation aux écoles de cirque : Mauvais joueurs (L’Académie Fratellini & Mehdi Kerkouche) ; Écritures croisées,avec les 39e et 40e promotions du CNAC : chaque année, les étudiant·e·s vont à la rencontre d’un autre champ artistique. Cette année, place au cabaret avec Jérôme Marin ; Circle (Fédération Européenne des Écoles de Cirque FEDEC) ; spectacles des écoles (Fédération Française des Écoles de Cirque FFEC – Plateaux nationaux 2026).

« Battle All Skills » © Circa Auch
Pour finir, Labo Cirque permet à de jeunes artistes en apprentissage au sein de 4 centres de formation agréés par la FFEC (Arc en Cirque à Chambéry, CADC Balthazar à Montpellier, CRAC de Lomme et Piste d’Azur à La Roquette-sur-Siagne) de présenter des essais circassiens et étapes de travail. N’oublions pas la Battle All Skills, concept ImpulsARTE qui fait fusionner cirque et danse dans des impros explosives, ainsi que les nombreux ateliers proposés.
« Le Cri du cirque » : rencontre-manifeste pour toute la filière
Le point de départ est une rencontre-manifeste inédite ouverte à tous·tes organisée le lundi 19 octobre par ce réseau national de 57 structures dédiées à la création et à la diffusion du cirque contemporain, aux côtés du Syndicat des Cirques et Compagnies de création (SCC), des écoles supérieures des arts du cirque (Académie Fratellini, CNAC, Esacto’Lido), de la FFEC, la FEDEC et le Réseau international pour la formation professionnelle aux arts du cirque.
À l’issue de cette première rencontre, un texte co-écrit par l’ensemble des acteurs de la filière, à destination des élus et représentants institutionnels, sera présenté et signé publiquement, avant d’être diffusé largement. Ce rendez-vous ouvre un cycle de mobilisation : prochaines étapes à l’occasion de La Nuit du Cirque du 13 au 15 novembre, puis lors de la BIAC (Biennale Internationale des Arts du Cirque) le 11 février 2027, à Marseille. Et il est déjà possible de faire entendre sa voix : « Filmez vos plus beaux cris et partagez-les sur les réseaux avec le #leCriducirque #lanuitducirque et en taggant Territoires de Cirque».
Léna Martinelli
Circa, festival du cirque actuel
39e édition, du 16 au 23 octobre 2026
Site du festival
Circa, PNC Auch • Allée des Arts • 32000 Auch
Programmation complète ici
Tarifs à l’unité : de 3 € à 24 €
Formules et parcours (à partir de 3 spectacles)
Billetterie : en ligne • Tel. : 05 62 61 65 00 • Mail
Photo de une : © Circa Auch


