« My Secret Garden », de Falk Richter, salle de Montfavet à Avignon

My Secret Garden © Christophe Raynaud de Lage

Ennuyeuse « garden‐party »

Par Estelle Gapp
Les Trois Coups

Stanislas Nordey présente un spectacle-performance tiré d’« Autofiction », le journal intime de Falk Richter, un texte-matériau qui mêle l’intime et le politique, et se veut à la fois portrait d’auteur et portrait de l’Allemagne. Mais, sur le plateau sobre de la salle de Montfavet, ce « Jardin secret » a du mal à s’ouvrir au public, et se transforme en jardin des supplices.

« Désolé, je n’ai pas de titre pour cette pièce », annonce le comédien Stanislas Nordey, qui occupe le devant de la scène pendant la première demi-heure du spectacle. Puis survient un second comédien, Laurent Sauvage, qui annonce : « Ce serait l’histoire d’un jeune metteur en scène d’opéra, Stanislas Nordey, qui irait à Shangai monter Lohengrin de Wagner, l’opéra fétiche d’Hitler ». Mais non, ce jeune metteur en scène, c’est Falk Richter, qui évoque, dans son journal intime, l’époque nazie vécue par ses parents.

De toute façon, tout ceci n’est qu’autofiction : « J’ai tendance à dramatiser, dans ce que j’écris rien ne s’est véritablement passé ainsi », précise le narrateur Stanislas / Falk. Alors, à nous, spectateurs, de deviner le propos de My Secret Garden : la vie de Falk Richter, avec des parents trop envahissants à l’adolescence ? Ou la vie de Stanislas Nordey, et ses déboires amoureux avec des actrices hystériques ?

Dans ce jeu trop subtil et abyssal entre réalité et fiction, ni la mise en scène – frontale, avec ses micros sur pied à l’avant-scène – ni la scénographie – avec son impressionnant mur métallique – ne sont d’un grand secours. À peine croit-on percevoir, lorsque Stanislas / Falk évoque l’intérieur de sa maison familiale, un bruit de moteur de réfrigérateur… Ce mur d’aluminium serait-il la métaphore monstrueuse de l’insupportable ronronnement domestique ?

C’est à n’y rien comprendre. D’ailleurs, une phrase revient comme un leitmotiv : « Que tout ceci est ennuyeux et solitaire et déprimant »… « Est-ce que quelqu’un achèterait des places pour voir une pièce qui aurait ce titre ? », ironisent les comédiens. Heureusement, sur le plateau, l’actrice Anne Tismer éveille soudain nos sens assoupis. Avec une extraordinaire énergie, elle ose un jeu physique radical, dans une redoutable scène érotique où elle incarne le « fantasme anticapitalise » du narrateur : une femme, à la tête d’un gang de jeunes filles, séduirait tous les banquiers et les feraient mourir de plaisir, avec ce slogan comme cri de bataille : « Gicle jusqu’à en crever, connard ! ».

Malgré ce soupçon de provocation, l’ensemble est lent et ennuyeux : est-ce là l’avant-garde de la création théâtrale ? Est-ce vraiment audacieux ? Novateur ? On pense à Virginie Despentes, qui a quelques belles pages d’avance sur le sujet. Alors, que retenir de cette déconcertante « garden-party » ? À la fin, tandis que le plateau se transforme en vide-grenier, les comédiens installent un barbecue et font griller des saucisses. Est-ce une autre métaphore d’une vie domestique fade et insipide ? Ou une apologie de la gastronomie allemande ? Décidément, à l’image du verre de vin que l’actrice Anne Trismer fait déborder comme un tonneau des Danaïdes, ce « jardin secret » tourne au jardin des supplices. 

Estelle Gapp


My Secret Garden, de Falk Richter

Paru chez L’Arche éditeur

Cie Nordey • 54, rue Pigalle • 75009 Paris

01 49 95 02 45

Mise en scène : Stanislas Nordey et Falk Richter

Collaboration artistique : Claire‑Ingrid Cottenceau

Traduction : Anne Monfort

Avec : Stanislas Nordey, Laurent Sauvage, Anne Tismer

Musique : Malte Beckenbach

Lumière : Philippe Berthomé

Scénographie : d’après un projet de Katrin Hoffmann

Vidéo : Martin Rottenkolber

Photo : © Christophe Raynaud de Lage

Salle de Montfavet • rue Félicien-Florent • pôle technologique Agroparc • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 14 14 14

Du 9 au 17 juillet 2010 à 18 heures

Durée : 1 h 45

27 € | 21 € | 13 €