Du grand cirque !
Léna Martinelli
Les Trois Coups
Du cirque en mer, en piscine, dans les airs et même dans une armoire ! Le festival Le Mans fait son cirque excelle dans la programmation de formats insolites, voire inédits. Contenu dans un espace de 2 m2, « Mon Royaume pour un cheval » vise au petit, à l’intime, sans rien perdre pourtant de sa vocation spectaculaire. Julieta Salz y est son cœur battant. Exceptionnelle. Petit bijou pour tous types de lieux, surtout non dédiés, « Mon Royaume pour un cheval » est son premier spectacle. Du grand cirque !
Ce théâtre de marionnettes est non seulement un dispositif ingénieux au beau rendu plastique, il est aussi au centre d’un propos puissant. Étonnamment peuplé, ce menu royaume ! Car l’agrès réalisé par David Frier dévoile une multitude de personnages. Tapisseries baroques et accessoires nous transportent d’emblée à une autre ère. Boîte à malice ou de Pandore, le castelet se révèle partenaire de jeu, tout à la fois scène, décor et agrès. Un cercueil qui morcelle, un palais à l’espace infini, qui suggère, titille l’imaginaire.
Trappes et lucarnes de ce minuscule château révèlent plutôt une artiste en miettes. Ou tout du moins ses mille et un visages. Monstre, grâce, madone, reine… Les références abondent, à commencer par Shakespeare (Richard III), auquel est emprunté le titre. Tantôt Freak contorsionniste, tantôt magicienne, le spectacle célèbre les traditions foraines en les interrogeant brillamment.
En miettes ?
Poupée d’une boîte à musique qui déraille, Julieta Salz sort du cadre, joue avec les codes et les registres de façon virtuose. Habitant son castelet avec un grand sens du rythme, dans une chorégraphie fluide, elle propose même du tissu aérien. Toutefois, elle s’émancipe vite des injonctions à la grâce et à la performance. Voilà sa bataille !
L’interprète endosse tous les rôles avec sensibilité, suggère les ambivalences par mille trouvailles. Alors, l’émotion nous submerge quand, en bande-son, Lou Reed entonne « float into a mist » : « It must be nice to disappear (…) to always be moving forward / and never looking back » (Vanishing Act).
Du talent en barre
Pour son premier spectacle, la jeune femme fait preuve d’une grande maturité, modernisant l’héritage au travers d’un cirque miniature unique en son genre, réinventant brillamment ses disciplines en proposant : « un cirque au sein duquel la partie se fait tout et le détail se fait monde ». Julieta Salz explique : « Je souhaite quitter les scènes aux échelles immenses pour me rapprocher, tout à fait littéralement, de mon public, sans pour autant ne jamais revoir mes ambitions artistiques à la baisse. Aussi ai-je créé un cirque de prouesses à ma mesure ; aussi ai-je imaginé mon royaume ».



On a effectivement déjà croisé la circassienne dans des productions de Raphaëlle Boitel ou de Bastien Dausse. Julieta découvre le cirque à 14 ans, à Buenos Aires. En 2010, elle quitte l’Argentine pour rejoindre la France, où elle intègre l’École de Cirque de Lyon, puis l’Académie Fratellini. Suit une carrière d’interprète la menant à explorer diverses plastiques entrelaçant cirque, théâtre et danse. Lauréate 2024 de la bourse d’écriture Beaumarchais, on lui promet un bel avenir, à la tête de sa compagnie récemment créée : La Bossue. Quel drôle de nom de compagnie ! On creusera cette question bientôt.
Léna Martinelli
Mon Royaume pour un cheval , Cie La Bossue
Compte Instagram de l’artiste
De et avec : Julieta Salz
Accompagnement artistique : Johan Lescop
Durée : 45 min
Tout public
Plus d’infos ici
Spectacle vu dans le cadre du festival Le Mans fait son cirque, 25e édition du 20 au 31 mai 2026, porté par Le Plongeoir Cité du Cirque Pôle Cirque Le Mans Sarthe Pays de la Loire
Tournée ici :
• Le 7 juin, dans le cadre du Festival Monte Au Banc, Ecole des Arts du Cirque La Boîte à Malice, à Montauban
Photos © Marc Lahore


