« Saison de cirque » du Cirque Aïtal, dans le cadre des Nuits de Fourvière à Lyon

« Saison de cirque » © Loll Willems

Le cirque, coûte que coûte et vaille que vaille 

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Victor Cathala et Kati Pikkarainen avaient séduit le public des Nuits de Fourvière avec leur premier spectacle, « Pour le meilleur et pour le pire ». Les voici de retour avec une « Saison de cirque », accompagnés d’autres artistes : jongleur, porteur, équilibriste et autres circassiens. Éblouissant !

Les voici donc sur la piste en compagnie de cinq autres « interprètes » comme ils les nomment. Ni artistes de cirque, ni danseurs, ni circassiens, ni acrobates. Non, et là se loge sans doute une des grandes originalités d’un spectacle qui n’en manque pas : ils sont « interprètes » sous la direction de Victor Cathala, lequel mène toute cette troupe de main de maître. S’il orchestre, en douce et en catimini, Kati Pikkarainen, sa compagne et sa complice, sa voltigeuse aussi, signe avec lui la conception de cette « Saison ».

Les cinq autres (sept en comptant ceux qui veillent à la machinerie) sont pourtant des solistes de haute volée, des acrobates d’une dextérité et d’un professionnalisme rares. Leur travail est époustouflant de précision, leurs numéros de véritables prouesses, au service d’un propos, d’une histoire.

Saison de cirque raconte précisément une vie d’artistes faite d’échecs, de souffrances, de ratages, de chutes : ils n’arrivent à un tel degré de réussite qu’au prix très élevé de l’investissement personnel, prêts à recommencer, encore et toujours, pour atteindre l’objectif qu’ils se sont donné et qu’ils ont promis au public.

L’art de l’erreur

Cette histoire-là est prétexte à des scènes magnifiques dont nous sommes dupes, les premiers : nous avons peur lorsqu’ils tombent ou glissent. Et quand ils repartent à l’assaut de l’agrès, à la recherche de leurs propres limites, l’émotion est à son comble, partagée entre le désir de réussite et la peur du risque… Quelle leçon sur l’engagement et le courage !

L’autre grande force du spectacle réside dans son rapport aux spectateurs. Victor Cathala rappelle sans arrêt, à ses compagnons, l’importance du public, mais il le fait avec énormément d’humour, singeant le bonimenteur à la recherche de l’adhésion coûte que coûte et vaille que vaille. Les autres, d’ailleurs, ne sont pas toujours aptes à comprendre ce qu’il attend d’eux, ils ont du mal avec la consigne. Voici alors d’incroyables numéros de clowns et d’une irrésistible drôlerie. Où est le vrai ? Le faux ? N’est-ce pas là le théâtre ?

On pourrait parler encore du rythme qui jongle avec le temps : parfois tout s’accélère, puis l’espace d’un suspens, tout ralentit. Nous sommes emballés, entraînés, si bien que l’heure et demie passe comme un rêve. Il conviendrait aussi de saluer leur science de l’espace (sans parler de l’art du mouvement où ils excellent), de leur capacité à franchir inopinément le quatrième mur, et de la musique, entraînante, formidable.

Mais finissons avec Kati Pikkarainen, qui n’est pas sans évoquer la Gelsomina de La Strada. Insolente et naïve, elle ne trouve jamais sa place, fait tout de travers. Ses compagnons lui donnent ainsi de drôles de formes dont on croyait incapable un corps humain. Ce petit bout de femme, tout en caoutchouc, déploie de réels talents de clown, toujours touchante par son apparente fragilité. 

Trina Mounier


Saison de cirque, du Cirque Aïtal

Conception : Victor Cathala et Kati Pikkarainen

Interprètes : Victor Cathala, Kati Pikkarainen, Lena Kanakova, Mickail Kanakov, Vasia Kanakov, Sergeu Mazurin, Matias Salmenaho, Nick Muntwyler, Ludovic Baladin

Musiciens : Helmut Nunning, Hugo Piris, Benni Masuch, Julien Heurtel

Du 27 juin au 6 juillet 2018 à 20 h 30, relâche les 1er et 2 juillet

Dans le cadre des Nuits de Fourvières

Domaine de Lacroix-Laval 1171, avenue Lacroix Laval • 69280 Marcy-l’Étoile

De 12 € à 24 €

Photo © Loll Willems